La plainte déposée en décembre 2020 par le Conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom) contre le Pr Christian Perronne, pour des propos jugés controversés sur l'épidémie de Covid-19, a été rejetée en première instance. Le Cnom avait déposé plainte devant la chambre disciplinaire du conseil régional de l'Ordre des médecins d'Ile-de-France, qui l'a "rejetée", a indiqué l'instance dans une décision rendue publique vendredi et dont l'AFP a obtenu copie ce lundi. Le Cnom a indiqué son intention de faire appel "dans les meilleurs délais". L'affaire devrait donc se poursuivre en deuxième instance.
Il y a près de deux ans, le Cnom avait examiné une série de plaintes ou de signalements visant des médecins, pour des faits ou propos tenus publiquement sur la pandémie de coronavirus. Il avait décidé de saisir les chambres disciplinaires de première instance de plaintes et de s'associer à une plainte en cours à l'égard de six médecins, dont l'infectiologue controversé Christian Perronne, alors chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (AP-HP).
Pas "d'appel à la violence" ni "d'incitation à la haine"
Le Cnom lui reprochait ses prises de position publiques, notamment sur la chaîne CNews, sur les réseaux sociaux et dans son ouvrage, depuis le début de la crise du Covid. Dans sa plainte, le Cnom dénonçait plus précisément des "propos outranciers contraires à tout principe de dignité et à plusieurs règles de la déontologie médicale". Il accusait le professeur controversé d'avoir "fait courir un risque injustifié" aux patients par sa défense de l'hydroxychloroquine. Le Pr Perronne a par exemple affirmé que l'usage de l'hydroxychloroquine, promu par le Pr Raoult, aurait pu "éviter 25 000 morts en France". A l'époque, le Covid avait fait 30 000 victimes en France (plus de 150 000 actuellement), sa déclaration sous-entendait que cette molécule avait plus de 85% d'efficacité. Aucune étude sérieuse sur le sujet n'avait confirmé l'efficacité de l'hydroxychloroquine à l'époque, pas plus qu'aujourd'hui.
Mais les arguments du Cnom ont été écartés par la chambre disciplinaire, qui a estimé que les prises de position du Pr Perronne "n'ont pas mis en danger l'action entreprise par les pouvoirs publics", ni promu "un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé". La chambre a estimé que ce "spécialiste internationalement reconnu comme un expert dans le domaine de l'infectiologie, était le mieux à même de comprendre les enjeux de santé publique" et était donc "légitime" à s'exprimer sur le sujet. L'instance souligne que le mis en cause n'a pas "appelé à la violence, ou incité à la haine, ou eu un discours 'antivax'" et qu'il n'a pas non plus "gravement mis en cause des confrères".
"S'il s'est exprimé dans la presse sur l'action du gouvernement et sur l'industrie pharmaceutique, ainsi qu'il était légitime à le faire et en avait même l'obligation dans ce domaine qui relevait de sa compétence, il s'est borné à porter publiquement mais sans invectives une voix discordante sur un sujet d'intérêt général", considère la chambre. L'AP-HP avait eu une autre lecture de l'affaire, puisqu'elle avait démis Christian Perronne de ses fonctions de chef de service à l'hôpital de Garches fin 2020 en raison de ses propos controversés.
Des propos antivax pourtant avérés
La décision du conseil régional de l'Ordre des médecins de rejeter la plainte du Conseil national de l'Ordre des médecins peut apparaître étonnante, d'autant que Christian Perronne a participé mercredi 19 octobre à une conférence dans une salle du Parlement européen à Strasbourg, à l'initiative de l'eurodéputée du Rassemblement national Virginie Joron. Cette manifestation a rassemblé différentes voix des sphères antivax, covido-complotiste et d'extrême droite. A cette occasion, Christian Perronne a diffusé une présentation où la pandémie de Covid-19 était qualifiée de "plandémie", le vaccin "d'inutile" et les traitements précoces tels que l'hydroxychloroquine crédités d'avoir "fait la preuve de leur efficacité". Des déclarations allant à l'encore de ce que la communauté scientifique a démontré depuis plus de deux ans.
Depuis 2020, l'AFP Factuel et de nombreux autres médias, dont L'Express, ont consacré plusieurs articles de vérifications des déclarations du Pr Perronne sur la vaccination anti-Covid, l'origine de la maladie de Lyme - qu'il attribue à des médecins nazis - dans lesquels de nombreux scientifiques ont réfuté ses propos.
