Les dernières barrières ont été posées en ce début de mois de janvier ensoleillé, mais glacial : la "bulle sanitaire" qui englobe les installations olympiques, au nord du quatrième périphérique de Pékin, est désormais totalement étanche. Deux mondes ne devront jamais se croiser : d'un côté, les quelque 2900 athlètes venus du monde entier et, de l'autre, les 23 millions d'habitants de la capitale. Quelques curieux tentent d'apercevoir les bus des délégations qui passent une lourde grille avant de disparaître sous une tente blanche. C'est dans ce périmètre clos que les athlètes prendront leur repas, dormiront à hôtel, s'entraîneront et participeront aux épreuves des Jeux d'hiver (du 4 au 20 février).
"A l'intérieur de cette "boucle fermée", nous allons mettre en place des mesures sanitaires très strictes, dont des tests quotidiens de dépistage du Covid", précise Zhao Weidong, responsable de la communication du comité organisateur. Tous les participants étrangers doivent être vaccinés, les autres étant soumis à une quarantaine. Même protocole pour la presse étrangère, les délégations et les représentants des différents comités olympiques. Le code de bonne conduite est clair : aucun contact ne sera possible avec le reste du pays, y compris pour les journalistes (alors que ces derniers pouvaient quitter la bulle sanitaire aux JO de Tokyo).
La fête gâchée par le contexte sanitaire
Côté installations, plusieurs datant des jeux d'été de 2008 ont été reconverties pour les sports d'hiver. Le "Cube d'eau", ex-piscine olympique, a été transformé en patinoire géante, et le "Nid d'oiseau", le grand stade de Pékin, accueillera la cérémonie d'ouverture. Plus au nord, reliées à Pékin par une ligne TGV - les participants seront regroupés dans des wagons séparés -, les pistes de ski sont déjà ouvertes. Elles sont alimentées en neige artificielle par environ 300 canons à neige qui engloutiront l'équivalent de 185 millions de litres d'eau pendant la durée des épreuves, (soit la consommation mensuelle de 50 000 personnes).
"Nous pouvons dire que nous avons achevé tous les préparatifs. Pékin est prête", assurent les organisateurs. Ce qui n'empêche pas les autorités d'observer avec la plus grande inquiétude grimper le nombre de contaminations au Covid-19, qui avoisine les 200 cas par jour en ce début d'année - un chiffre certes très faible comparé au reste du monde, mais suffisant pour faire craindre une flambée. Face à ce risque, la capitale se referme comme elle l'a déjà fait à plusieurs reprises ces deux dernières années : plus aucun voyage touristique de groupe n'est possible depuis les provinces, dépistage obligatoire pour entrer à Pékin et surtout interdiction de venir dans la capitale si l'on a traversé une zone contaminée.
Ce contexte sanitaire gâche la fête. "J'ai encore du mal à imaginer que ce sont bien les Jeux olympiques, réagit une habitante du quartier, près du Nid d'oiseau. J'habitais déjà ici en 2008 lors des Jeux d'été et c'était une tout autre ambiance. On voulait donner une bonne image de la Chine, une Chine accueillante, ouverte, moderne ; mais là, ça ressemble juste à une compétition sportive comme les autres."
La magie agit nettement moins
Près du stade olympique, quelques jeunes courageux affrontent le froid pour s'essayer au hockey sur un canal gelé. "Ce sont des sports plutôt nouveaux pour nous, explique un adolescent, mais c'est amusant, on a hâte de pouvoir suivre les compétitions." Ce sera certainement à la télévision. La billetterie n'était toujours pas ouverte le 6 janvier. Et personne ne sait si le public - exclusivement chinois - sera présent dans les gradins, comme promis par les organisateurs.
La Chine est le dernier pays à appliquer la stratégie "zéro Covid", ce qui impose des restrictions drastiques face aux variants. Dans la ville de Xi'an, où 13 millions d'habitants sont totalement confinés chez eux depuis fin décembre, le mécontentement gronde sur les réseaux sociaux face aux difficultés à s'approvisionner en nourriture. Les Jeux de 2008 avaient permis à la Chine de s'affirmer sur la scène internationale comme une grande puissance, avec pour slogan "Un monde, un rêve". Quatorze ans plus tard, alors que plusieurs pays, dont les Etats-Unis, le Canada, et la Grande-Bretagne, ont annoncé un boycott diplomatique pour protester contre la répression des Ouïgours dans la Xinjiang, la magie risque de nettement moins opérer...
