La politique "zéro Covid" n'est pas près de s'arrêter en Chine. Ce week-end, les autorités sanitaires ont douché les espoirs d'un assouplissement des restrictions en vigueur dans le pays, en soulignant qu'elle continuera à être appliquée "indéfectiblement". Cette stratégie consiste à confiner des quartiers ou des villes entières dès l'apparition de cas, à réaliser des dépistages massifs ou encore à placer en quarantaine les personnes testées positives et les voyageurs arrivant de l'étranger.
Pas question d'alléger les mesures alors que la Chine a rapporté ce lundi 7 novembre son plus important nombre de nouveaux cas de Covid-19 en six mois. Le ministère de la Santé a annoncé près de 5500 nouveaux cas positifs locaux, dont une grande partie dans la province côtière du Guangdong (sud), un important centre manufacturier. A Pékin, près de 60 nouveaux cas ont été rapportés ce lundi, entraînant la fermeture d'écoles dans le district très peuplé de Chaoyang, siège notamment du quartier d'affaires et de nombreuses ambassades.
Les autorités municipales ont déclaré ce lundi lors d'un point presse que les récentes "flambées épidémiques successives" avaient été "contrôlées de manière efficace dans l'ensemble". Mais nombre d'habitants se plaignent de ces mesures inopinées, qui provoquent parfois des pénuries alimentaires et compliquent l'accès aux soins des personnes dans le besoin. Elles ont également entraîné plusieurs drames.
Une série d'urgences sanitaires entravées par le "zéro Covid"
Le suicide par défenestration d'une femme de 55 ans dans la ville confinée de Hohhot, en Mongolie intérieure (nord), a provoqué un tollé ce week-end car, de l'aveu même des autorités, les restrictions Covid ont entravé l'intervention des secours. Comme c'est parfois le cas en Chine dans certains quartiers, les portes d'accès du bâtiment résidentiel avaient été scellées pour empêcher toute sortie.
Les deux filles de la malheureuse, dont l'une vivait dans le même appartement, avaient prévenu les autorités que leur mère avait des pensées suicidaires, demandant en vain son évacuation. "Qui a le droit de souder les portes des bâtiments ?", s'interrogeait, furieux, un internaute sur le réseau social Weibo. "En cas de séisme ou d'incendie, qui sera responsable ?" Les autorités locales ont critiqué publiquement la mauvaise gestion par les responsables du quartier.
Le 1er novembre, un enfant de trois ans privé de soins en raison des mesures sanitaires draconiennes contre le Covid-19 était mort intoxiqué par du monoxyde de carbone à Lanzhou, la capitale confinée de la province du Gansu (nord-ouest). Des images virales sur les réseaux sociaux avaient montré des habitants de Lanzhou tenter désespérément de réanimer cet enfant. Dans un message publié sur Internet, son père s'était plaint de la lenteur des secours et de ne pas avoir pu quitter sa résidence à cause du confinement de la ville, avant que son message ne soit effacé. Des habitants avaient manifesté leur colère.
La police locale a publié jeudi 3 dernier un compte-rendu détaillé des événements et présenté ses "sincères condoléances" aux parents. "Nous acceptons avec sincérité les critiques ainsi que le contrôle des médias et des internautes (...) pour empêcher que de tels accidents ne se reproduisent", a écrit la police de Lanzhou, dans une inhabituelle repentance. L'affaire avait suscité l'émoi avec une tempête de messages en ligne, contre l'inflexible politique du "zéro Covid". "Trois ans de pandémie ont été sa vie entière", écrivait un internaute, en référence à l'âge de l'enfant, prénommé Tuo.
En octobre, la mort d'une adolescente de 14 ans, privée de soin alors qu'elle était en quarantaine à Ruzhou (centre), avait déjà provoqué l'indignation dans le pays. Des vidéos sur Douyin (version chinoise de TikTok) montraient une femme allongée sur un lit superposé souffrant d'épilepsie, tandis que des personnes à ses côtés criaient à l'aide. Cette affaire avait provoqué un regain de colère en ligne mais les censeurs de l'Internet avaient rapidement supprimé toute référence à l'incident. En janvier 2022, cette fois, une femme enceinte avait fait une fausse couche à la porte d'un hôpital de Xi'an (nord), faute de test PCR valide.
