C'était l'une des priorités du président américain Joe Biden : relancer le dialogue avec l'Amérique latine sur des sujets cruciaux comme l'immigration, notamment après les accrochages ayant marqué la présidence de Donald Trump. Mais le "Sommet des Amériques", qui s'est conclu vendredi à Los Angeles, aura été marqué par plus de frictions que d'annonces concrètes.

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L'évènement qui réunissait les représentants de vingt pays (l'Argentine, La Barbade, le Bélize, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, l'Equateur, le Salvador, le Guatemala, Haïti, le Honduras, la Jamaïque, le Mexique, les Etats-Unis, le Panama, le Paraguay, le Pérou et l'Uruguay) s'est conclu par la signature de la "Déclaration de Los Angeles". Le texte, qui n'a pas de dimension contraignante, repose sur quatre piliers : le soutien aux pays accueillant des migrants, de nouvelles voies légales pour les travailleurs étrangers, une approche conjointe de la protection des frontières, y compris dans la lutte contre les réseaux de passeurs et une réponse coordonnée aux flux historiques à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

"Aucun pays ne doit être laissé" seul face aux mouvements de population croissants, a martelé Joe Biden. Le président des Etats-Unis a affirmé que l'immigration "sûre" et "légale" bénéficiait au développement économique, mais qu'il fallait toutefois "protéger les frontières" contre les entrées illégales, avec "humanité".

Programme de régularisation d'immigrés illégaux

Concrètement, le Mexique va augmenter de 10 000 à 20 000 le nombre de personnes pouvant bénéficier d'un programme spécifique de permis de travail. Le Canada va, lui, ouvrir ses frontières à 50 000 travailleurs du secteur agricole. Le Belize compte lancer un programme de régularisation d'immigrés illégaux, tandis que le Costa Rica va renouveler un programme de protection temporaire pour des personnes venues de Cuba, du Nicaragua, ou encore du Venezuela, d'où 6 millions de personnes sont parties ces cinq dernières années pour fuir une crise économique particulièrement grave. La Maison Blanche, de son côté, va débloquer une enveloppe de 314 millions de dollars d'aide humanitaire destinée en priorité aux migrants vénézuéliens. Les Etats-Unis comptent également accueillir 20 000 réfugiés venus d'Amérique latine en 2023 et 2024. Soit le triple du nombre de personnes accueillies cette année, selon l'exécutif américain.

Joe Biden espérait réunir les dirigeants de l'hémisphère pour montrer la force et la capacité à rassembler des États-Unis. Mais son refus d'inviter plusieurs dignitaires autoritaires (Venezuela, Cuba, Nicaragua) a incité les chefs d'Etat du Mexique, du Guatemala, du Honduras, de la Bolivie et du Salvador à boycotter l'évènement. Cuba a même convoqué un "contre sommet", le 27 mai à La Havane. "S'ils veulent organiser une réunion entre amis, qu'ils le fassent, mais ils ne peuvent pas l'appeler le Sommet des Amériques", proclamait alors le président bolivien Luis Arce. Le chef d'Etat américain a ainsi connu, jeudi, un vrai moment d'embarras diplomatique quand le Premier ministre du Bélize, puis le président argentin, l'ont critiqué en pleine séance plénière au sujet de l'absence de Cuba et du Venezuela.

L'ombre de la Chine

De son côté, le président brésilien d'extrême droite Jair Bolsonaro, avec qui les sujets de frictions ne manquent pas, a qualifié de "fantastique" son face-à-face avec Joe Biden. Il a également tenu des propos conciliants sur l'environnement, assurant que le Brésil pouvait développer son agriculture tout en préservant l'Amazonie. "Nous sommes les deux plus grandes démocraties dans l'hémisphère. Il est logique pour nous de continuer à travailler ensemble et de chercher des moyens d'approfondir notre partenariat", a souligné Antony Blinken, qualifiant la rencontre de "constructive."

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Les enjeux de ce sommet étaient nombreux pour les Etats-Unis, qui ont vu leur influence s'amenuiser dans leur ancien pré carré au profit de la Chine, dont la dépendance commerciale se fait de plus en plus forte en Amérique du Sud. Mais l'administration Biden a clairement fait comprendre qu'elle ne suivrait pas l'exemple de Pékin, qui investit massivement dans la région via de grands projets d'infrastructures.

Une anecdote est venue rappeler l'omniprésence de la Chine, dont le nom n'a été que très peu évoqué à Los Angeles - publiquement du moins. En marge du sommet, la Chambre de commerce américaine a distribué un sac bleu rempli de cadeaux censés promouvoir l'industrie américaine contenant entre autres une gourde et des lunettes de soleil... "Made in China".