Apparue en 1904 sous la plume de l'écrivain américain O. Henry, l'expression "république bananière" fut d'abord inventée pour décrire le Honduras, puis s'appliqua aux pays voisins. Comme les autres Etats d'Amérique centrale, ce pays était alors une quasi-colonie agricole, où l'entreprise yankee United Fruit Company maximisait ses profits sur le dos des travailleurs latinos. Un siècle plus tard, le destin de cette nation reste lié aux Etats-Unis. Mais pour des raisons différentes.
C'est en effet du Honduras (9,9 millions d'âmes), du Guatemala (17 millions) et du Salvador (6,5 millions), les trois pays du "Triangle du Nord", que s'élancent la plupart des migrants désireux de franchir, plus au nord et à l'aide de passeurs, la frontière américano-mexicaine.

Des migrants du Honduras le 15 janvier 2021 se dirigeant vers Agua Caliente, située à la frontière avec le Guatemala, en chemin vers les Etats-Unis dans l'espoir d'y trouver une vie meilleure
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Rien qu'en 2021, environ 400 000 Honduriens - quasiment 2% de la population, un chiffre vertigineux - ont risqué l'aventure, participant ainsi à ce que les médias, de CNN à Fox News, nomment la Border Crisis, la crise frontalière.
Voilà pourquoi l'administration de Joe Biden surveille de près les premiers pas de la candidate du Parti liberté et refondation (gauche), élue présidente le 28 novembre. Washington espère que Castro apportera de la stabilité à ce pays affaibli par la pauvreté (62% de la population), le chômage, la corruption, le narcotrafic, la violence et le Covid. Et aussi par son président sortant, Juan Orlando Hernandez, un ultraconservateur soupçonné de malversations, dont le frère a été condamné aux Etats-Unis, en 2018, à la prison à perpétuité pour trafic de cocaïne.
"La victoire de Xiomara Castro représente une opportunité pour restaurer le sens de l'Etat, dans la mesure où son objectif affiché est de créer une commission contre la corruption et l'impunité, observe l'expert Manuel Orozco, du think tank Inter-American Dialogue, basé à Washington. Car de ces deux problèmes découlent tous les autres."
A Paris, Gaspard Estrada, politologue à Sciences po, complète : "De leur côté, les Américains ont besoin d'établir un dialogue constructif avec la nouvelle présidente. Diminuer les flux migratoires avant les législatives des midterms (novembre 2022) leur permettrait de tarir le discours des républicains. Ceux-ci accusent en effet les démocrates de faiblesse et d'incompétence, en ciblant la vice-présidente, Kamala Harris, chargée par Joe Biden de superviser la crise des migrants."
Mais il faudra d'abord surmonter la méfiance réciproque. Sous Obama, en 2009, Washington n'avait pas condamné le renversement par l'armée hondurienne du président Manuel Zelaya, lequel avait inquiété les élites de Tegucigalpa en annonçant son rapprochement avec le Venezuela d'Hugo Chavez. Petite précision : depuis quatre décennies, Xiomara Castro est l'épouse de Manuel Zelaya, renversé voilà douze ans.
Toutefois, 2021 n'est pas 2009 : le Venezuela, discrédité, n'est plus un modèle pour personne. Et Xiomara n'est pas Manuel : elle n'est pas la marionnette de son mari, mais bien une femme puissante et sensée qui veut stopper le déclin de son pays, selon de nombreux observateurs. Espérons qu'ils disent vrai.
