Les "caravanes" se suivent et se ressemblent. La dernière est en train de tenter sa chance depuis le Honduras, d'où quelque 3000 migrants sont parti samedi pour une longue traversée vers le Nord, jusqu'à la frontière américaine. Suscitant au passage la colère de Donald Trump, qui a menacé de faire appel à l'armée et de fermer la frontière, si le Mexique ne les stoppait pas.

Mais que cherchent ces migrants, et comment vivent-ils cette expérience hors du commun de migration en groupe? Un photographe de l'agence Reuters, Edgard Garrido, s'intéresse depuis des mois à ces "caravanes". Jeudi, il était encore avec les migrants à Tecun Uman, au Guatemala. Il raconte à L'Express: "D'habitude, sur la route migratoire, les migrants sont seuls, donc plus exposés aux risques d'enlèvement en traversant le Mexique. Mais dans le cadre de la caravane, c'était assez inhabituel, ils sont jusqu'à mille. Ce qui les protège des attaques".

La caravane de migrants d’Amérique centrale traverse le Mexique, ici dans un wagon ouvert d’un train de marchandises qu’ils ont pu 
arrêter. Michoacan, Mexique, 17 avril 2018.

La caravane de migrants d'Amérique centrale traverse le Mexique, ici dans un wagon ouvert d'un train de marchandises qu'ils ont pu arrêter. Michoacan, Mexique, 17 avril 2018.

/ © Edgard Garrido / Reuters

Le "train de la mort"

En suivant les migrants pendant leur périple, Edgard Garrido est devenu le témoin de leurs difficultés et de leur intimité. Qu'il s'agisse de leur peine à se hisser sur un train de marchandise, de quelques moments de repos volés à l'inquiétude du périple, ou de leur arrivée à la frontière américaine. Dans la meilleure configuration, le voyage des migrants peut durer trois à cinq jours pour les plus chanceux qui arrivent à grimper incognitos dans un bus. Mais pour la "caravane" la plus célèbre, cela a pris plusieurs semaines, en multipliant les transports : marche, bus et train. Les migrants appellent d'ailleurs ce dernier "El tren de la muerte".

Près de la voie ferrée, un groupe de migrants d’Amérique centrale attend un train de marchandises. Irapuato, Guanajuato, Mexique, 16 avril 2018.

Près de la voie ferrée, un groupe de migrants d'Amérique centrale attend un train de marchandises. Irapuato, Guanajuato, Mexique, 16 avril 2018.

/ © Edgard Garrido / Reuters

"Le train est un moment très stressant, raconte le photographe qui en a fait l'expérience. Les accidents sont nombreux. Souvent, les migrants doivent s'asseoir sur le toit des wagons ou, s'ils le peuvent, dans les gondoles qui transportent du charbon ou de l'acier. Mais la plupart du temps, les wagons sont fermés. Alors il arrive qu'ils tombent du train quand ils s'endorment. Ils sont parfois mutilés d'un pied ou d'un bras."

Pris pour des voleurs

Sur leur chemin, les migrants peuvent aussi subir préjugés et violences. Edgard Garrido indique que les cheminots sont parfois un véritable obstacle. "Ils ont tendance à penser que les ressortissants d'Amérique latine sont des gens méchants, prêts à voler des morceaux de train ou de voies, c'est ridicule." D'ailleurs, "quand les migrants traversent le Mexique, il arrive qu'ils soient attaqués par des groupes criminels, et que les cheminots soient de mèche avec eux. Dans certains cas, ils les envoient dans des embuscades !".

À bord d’un car qui longe la clôture à la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Les migrants d’Amérique centrale se regrouperont ensuite dans un jardin public avant de déposer leur demande d’asile aux États-Unis. Tijuana, Mexique, 29 avril 2018.

À bord d'un car qui longe la clôture à la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Les migrants d'Amérique centrale se regrouperont ensuite dans un jardin public avant de déposer leur demande d'asile aux États-Unis. Tijuana, Mexique, 29 avril 2018.

/ © Edgard Garrido / Reuters

Comment ont-ils été accueillis à la frontière ? Lorsque les migrants y arrivent enfin, "les agents de l'immigration peuvent les faire attendre deux à trois jours s'ils ne sont pas refusés d'emblée. La plupart du temps, ils peuvent faire une demande d'asile." Leur épopée ne s'arrête pas à cette démarche, nuance-t-il : "C'est un autre processus qui, à l'instar du voyage, peut durer des mois". Et bien souvent, "les migrants dorment dans un endroit qu'ils appellent la glacière car il y a fait très froid, d'autres sont envoyés dans des centres de rétention." Ce qu'ils trouveront cette fois à la frontière américaine dépendra de la volonté de Donald Trump.