Plus de 430 000 nouveaux résidents permanents en 2022, 447 000 en 2023 et 451 000 en 2024 : c'est l'objectif ambitieux fixé, en début d'année, par le gouvernement fédéral canadien en matière d'immigration. Le but ? Soutenir la reprise économique... et combler la pénurie de main-d'oeuvre. Après avoir gagné quelque 400 000 résidents permanents en 2021, un record historique, le pays veut faire encore mieux. Si l'immigration est majoritairement économique (56 %) - fruit de programmes fédéraux, comme l'Entrée express, ou du Programme des candidats des provinces -, elle est également liée à la réunification familiale et à l'accueil de réfugiés.

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Dans un communiqué se félicitant des bons résultats de 2021, le gouvernement fédéral rappelait qu'à "l'exception notable des peuples autochtones, tous les Canadiens sont originaires d'ailleurs..." De fait, depuis l'arrivée des premiers colons - français, puis britanniques -, le pays s'est construit sur l'immigration. Pendant longtemps, les nouveaux venus ont été principalement européens, jusqu'à l'instauration, au tournant des années 1970, du système à points, qui permet une sélection selon, entre autres, leurs qualifications.

Les principaux attraits du Canada ? Les opportunités d'emploi, de développement professionnel et personnel. C'est vrai pour l'ensemble du pays, mais particulièrement marqué en Ontario, où se situe la capitale économique, Toronto - ses habitants, de multiples nationalités, parlent une centaine de langues -, de même qu'en Colombie-Britannique, en Alberta, voire dans les provinces maritimes et le Grand Nord.

Consensus ne veut pas dire unanimité

Si les valeurs de l'immigration et du multiculturalisme sont largement portées par le gouvernement fédéral, "cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de débat, relève Daniel Béland, directeur de l'Institut d'études canadiennes à l'Université McGill. Car consensus ne veut pas dire unanimité. Ainsi, les conservateurs, dans l'opposition, aimeraient moins de réfugiés et plus d'immigration économique".

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En outre, dans la province francophone du Québec, le sujet prend une dimension spécifique. "Le gouvernement de François Legault est certes en faveur de l'immigration, mais met davantage l'accent sur l'intégration que sur le multiculturalisme, alors que c'est l'approche dominante dans le reste du Canada", ajoute-t-il.

L'enjeu principal, dans la Belle Province, est d'ordre linguistique. Les craintes que l'immigration ne gonfle le nombre d'anglophones sur l'île de Montréal, qui ne compte que 55 % d'habitants francophones, sont fortes. "D'où la volonté de favoriser l'immigration francophone et de le faire de façon encore plus marquée à l'avenir", conclut Daniel Béland. De quoi continuer à attirer les Français, déjà nombreux à Montréal en particulier, où même un quartier, celui du Plateau, est surnommé le "Petit Paris"...