Co-présidente de la Maison de l'Acadie dans la Vienne (86), dont elle est originaire, Amandine Servant est passionnée par cette culture. Elle s'est installée au Canada en 2019... et compte bien y rester.
Vous avez intégré il y a trois ans, au Nouveau-Brunswick, Le Grenier musique, une agence qui gère les carrières d'artistes. En quoi consiste précisément votre travail ?
Amandine Servant La mission principale de l'agence est de développer des artistes émergents, tous francophones, mais qui peuvent réaliser des albums en anglais puisque nous sommes dans une province bilingue. Nous suivons une quinzaine d'artistes et de groupes, majoritairement du Nouveau-Brunswick, et quelques-uns venant de la Nouvelle-Ecosse, de l'île-du-Prince-Edouard et de la Gaspésie. Nous nous occupons également de leur promotion médiatique. En outre, nous sommes un label et sortons un album quasiment chaque mois. Pour faire connaître les musiciens au-delà de notre province, nous participons à différents festivals : Contact en Ontario, Festival en chanson de Petite-Vallée au Québec, Voyageurs, Contact East... En France, nos projets sont notamment accompagnés par le Centre culturel canadien à Paris. Nous avons également des appuis en Belgique et en Suisse. Nous essayons d'être sur tous les fronts... et ça marche !
Quelles sont les valeurs sûres et les étoiles montantes de la musique acadienne ?
Parmi les valeurs sûres figurent des anciens du Grenier musique comme Lisa LeBlanc ou Joseph Edgar. Du côté des futurs talents, Emilie Landry est en pleine ascension. Elle a récemment effectué une tournée en France et en Suisse, a eu cinq nominations au Gala Country et a décroché la première place dans le cadre de l'International Songwriters Day Song Contest. Matt Boudreau a la cote, avec ses récents albums Ovni et Armageddon. Et Chloé Breault, nommée à la East Coast Music Association, la plus grande vitrine pour les provinces atlantiques, est promise à une belle carrière. Par ailleurs, on entendra prochainement parler du groupe La Patente, qui vient du Madawaska : plein d'énergie et d'humour ! Sans oublier Maggie Savoie, très poétique, qui ne fait pas partie du Grenier musique, mais qui trace son chemin.
A quoi ressemble la scène culturelle en Acadie ?
Elle est très variée. On ose mélanger les genres, les disciplines et les langues. C'est une scène peu connue, qui mériterait de l'être davantage. A Moncton, il n'y a pas une soirée sans musique, théâtre ou littérature.
Citons, par exemple, le festival bilingue littéraire Frye. La création poétique est riche, de même que les offres cinématographiques et muséales. En novembre se tient le Festival international du film francophone acadien, où les réalisateurs sont souvent présents et discutent avec les spectateurs. Dans la musique, la Francofête en Acadie, pour les professionnels, et le Festival acadien de Caraquet, pour le grand public, sont des institutions. En somme, on trouve ici une belle énergie, à la fois relaxe et très dense.
De quoi vous faire rester au Canada...
C'est certain. Il n'y a pas eu un seul moment où je me suis posé la question "pourquoi ai-je immigré ?". Je demanderai ma résidence permanente pour être sereine pendant au moins cinq ans, avant d'envisager la citoyenneté.
