Les médias américains sont en ébullition. A un mois de la convention nationale du parti Républicain et à quelques semaines seulement de celle du parti Démocrate, aucun des candidats à la présidence des Etats-Unis n'a encore choisi son vice-président.

Le sujet n'en finit pas de passionner les éditorialistes outre-Atlantique. Les moindres aspects de la carrière politique des "VP" potentiels sont passés au peigne fin et les commentateurs s'emploient à deviner la date à laquelle les noms des heureux élu(e)s seront révélés. Car depuis vingt ans, tous les candidats à la Maison-Blanche ont choisi leur vice-président avant la fin de l'été.

Coup de pouce médiatique

Pourtant, aucun des candidats ne semble pressé de rompre le suspense. Rien n'indique d'ailleurs qu'ils aient pris une décision définitive. John McCain a commencé ce lundi une tournée en Pennsylvanie en compagnie de l'ancien gouverneur de cet Etat, Tom Ridge mais le candidat républicain n'a encore fait aucune annonce officielle. Barack Obama, lui, est parti en famille pour une semaine de vacances à Hawaï. Le candidat démocrate, qui ne cesse de faire la couverture des news magazines, préfère sans doute réserver pour plus tard le coup de pouce médiatique que ne manquera pas de provoquer son annonce officielle.

Choisir un vice-président n'est pas une mince affaire. Certes, les Américains ne votent pas en fonction du deuxième homme. Certes, le vice-président ne participe à l'exercice du pouvoir que par l'intermédiaire du chef de l'exécutif. Pour autant, le choix est loin d'être anodin. En cours de mandat, dans l'hypothèse d'une incapacité ou d'une démission du président, le "VP" prend automatiquement le relais. En période de campagne, son profil sert soit à compenser les lacunes politiques du candidat, soit à souligner les valeurs essentielles qu'il souhaite incarner.

Barack Obama, par exemple, doit-il désigner comme colistier une personnalité qui lui permettrait de combler ses insuffisances? C'est ce que pense l'intelligentsia démocrate de Washington qui pousse le candidat à choisir un homme à l'expérience incontestable, blanc, âgé et expert des questions de politique étrangère. Dans cette catégorie, le sénateur du Delaware et président du comité des affaires étrangères du Sénat, Joseph Biden, caracole en tête. Hillary Clinton, ancienne rivale et figure incontestée de l'establishment démocrate, pourrait également être un choix intéressant.

Un choix stratégique...

Mais Obama, un temps tenté par cette option, redoute désormais qu'un vice-président issu de la vieille garde du parti ne décrédibilise le leitmotiv de sa campagne: le changement.

Du coup, le candidat s'intéresse de plus en plus aux personnalités capables de renforcer ce message. Encore épargné par les "combines" du Capitole, Tim Kaine, gouverneur de Virginie depuis seulement  trois ans, est un nom qui figurerait en bonne place sur la liste du sénateur de l'Illinois. A défaut, le sénateur de l'Indiana, Evan Bayh, ancien membre des comités du Sénat sur le renseignement et les forces armées et qui a toujours été une figure discrète à Washington, pourrait apparaître comme un choix de compromis idéal.

Le choix du candidat républicain n'est en rien plus aisé. Pas moins de trois possibilités s'offrent en effet à John McCain.

La première n'a rien d'originale.  Elle consiste à suivre le scénario qui a toujours été celui du parti Républicain: choisir un homme largement en phase avec la base idéologique du parti, conservateur mais pas trop. Dans ce rôle, Tim Pawlently, gouverneur du Minnesota, ferait parfaitement l'affaire.

Mais John McCain pourrait aussi être tenté par un choix moins conformiste. En choisissant un vice-président plus jeune (le gouverneur de Louisiane Bobby Jindal, 37 ans, ou l'élu de Virginie Eric Cantor, 45 ans) le candidat présenterait sa candidature comme celle alliant expérience et nouvelle génération.

Pour autant, à lire les dernières déclarations de John McCain, c'est vers une solution bien plus pragmatique que semble s'acheminer le candidat républicain. Tom Ridge, qui a été deux fois gouverneur de Pennsylvanie, serait en effet un atout électoral majeur dans l'un des "swing state" qui sera crucial en Novembre prochain. Si McCain choisissait Ridge, il prendrait néanmoins le risque de heurter la base du parti républicain, l'homme ne cachant pas ses positions pro-avortement.

Avec la date des conventions qui se rapproche, Obama et McCain vont devoir prendre une décision. On devrait connaître les noms des heureux élus dans les tous prochains jours.