La dernière phrase du dernier discours du dernier jour du voyage de Joe Biden en Europe, du 24 au 26 mars, a valu au président américain une volée de critiques. Poutine est "un boucher" qui "ne peut pas rester au pouvoir", a-t-il affirmé, laissant entendre que les Etats-Unis étaient favorables à un changement de régime à Moscou. Ce qui contredit la doctrine américaine du moment. Et qui a obligé le secrétaire d'Etat Antony Blinken à atténuer les propos de son patron. Une énième bourde de "Biden-la-gaffe" ? Peut-être... ou pas !
Car il existe une autre lecture des choses. Comme le confie Jacob Heilbrunn, le directeur du magazine conservateur de géopolitique The National Interest, "le voyage de Biden est globalement réussi parce qu'il a véhiculé un message puissant : l'Amérique est de retour en Europe."
Si l'objectif était de montrer force et unité transatlantique, c'est plutôt réussi. Avec des accents reaganiens, l'ex-vice-président de Barack Obama a effacé le souvenir de ce dernier, dont la prudence et la pusillanimité suscitaient le mépris des Russes. De plus, le dérapage de Biden va dans le sens de la "stratégie du fou" théorisée par Nixon : avoir l'air imprévisible inquiète l'ennemi et permet de "recréer de la dissuasion". Enfin, sur le plan intérieur, le "parler cash" de Biden peut séduire, à droite, l'électorat qu'il semble avoir perdu à gauche, avant les législatives de novembre. "Avec un combat historique à mener, glisse Heilbrunn, la guerre en Ukraine revitalise la présidence de Biden." Et lui donne un sens.
