Un génocide culturel : c'est ainsi que nombre d'experts qualifient l'attitude du Canada envers les Autochtones depuis l'établissement des premiers colons jusqu'à ces derniers temps. Et l'accord signé en janvier 2022, pour un montant de 40 milliards de dollars* versés en partie à plus de 200 000 victimes d'un système éducatif éloignant les enfants de leurs parents pour les placer dans des établissements gérés par l'Etat -­ où les mauvais traitements, physiques ou psychologiques, et les abus sexuels étaient légion -­ ne pourra rien y changer.

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"Aucun montant compensatoire ne pourra jamais effacer le traumatisme, a d'ailleurs déclaré Patty Hajdu, ministre des Services aux Autochtones, à l'annonce de l'engagement fédéral. Mais cet accord reconnaît aux survivants et à leurs familles le préjudice et la peine causés par la discrimination."

Un long chemin

Au-delà d'enlever les enfants à leur foyer, dans le cadre d'un programme mis en place à partir des années 1880 et jusqu'en 1996, pour les jeunes des Premières Nations, des communautés métisses et inuites, cette discrimination systémique a également privé nombre d'Autochtones d'accès aux services publics ­- hôpitaux, centres sociaux... ­- sous le seul prétexte qu'ils étaient Amérindiens. Les demandes des communautés, qui constituent, selon le recensement de 2016, environ 5 % de la population canadienne ­- avec un total d'1,6 million de personnes, selon les différents statuts ­- sont anciennes. L'accord de 2022 prend ainsi sa source dans une série d'actions collectives pour violation des droits humains entamées en 2007 par la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations. Mais la découverte, en 2021, des corps de milliers d'enfants dans des cimetières attenants aux écoles réservées aux Autochtones, partout dans le pays, a ému l'ensemble de la population et accéléré les négociations alors que, pendant des années, le gouvernement avait tout fait pour les ralentir...

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Il faudra cependant encore du temps pour effacer les effets dévastateurs des politiques passées. Ainsi, l'an dernier, le taux de chômage des Autochtones se situait à 11,6 %, contre 7,5 % pour le reste des Canadiens. Les membres des Premières Nations, même en ville, n'étaient que 11 % à avoir un diplôme universitaire en 2016, contre 30 % pour le reste de la population, et le revenu médian se situait, pour ceux qui habitent en ville, à 83 000 dollars, contre 106 000 pour les autres citoyens. Enfin, dans les réserves, près de la moitié des Autochtones vivent dans la pauvreté, tandis que l'espérance de vie n'est que de 70 ans pour les hommes inuits, par exemple, contre 81,4 ans pour les autres Canadiens, sans oublier le taux d'incarcération, qui se situait, en 2016, à 4,5 % pour les Autochtones, contre 0,5 % pour le reste de la population...

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