S'il a "enterré" 10 présidents américains, Castro au pouvoir aura traversé cinq pontificats; à commencer par celui de Jean XXIII, qui l'excommunie en janvier 1962 pour allégeance au marxisme. Il aura aussi reçu, à La Havane, trois papes: Jean-Paul II, Benoît XVI, et François, formé comme lui chez les jésuites.
Entre Fidel et le clergé local, suspecté de mansuétude envers les Yankees, les débuts furent rugueux: expulsés par centaines, les prêtres ont le choix entre l'exil, la prison et le silence. Il faudra attendre 1991 pour que, dans la vulgate officielle, la laïcité supplante l'athéisme d'Etat; et 1997 pour la résurrection de la fête de Noël, biffée du calendrier deux décennies plus tôt.
Castro avait-il la foi?
Au fil des ans se tissent entre le castrisme et l'Eglise des liens ambigus. La hiérarchie catholique ménage le régime, tandis que, çà et là, des communautés pugnaces paient au prix fort leur sens critique. Avec le Vatican s'échafaude un marchandage: sa dénonciation de l'embargo américain vaut à ses ouailles cubaines un semblant de liberté.
LIRE AUSSI >> Pourquoi les Etats-Unis et Cuba remercient autant le pape François
Ultime équivoque: Castro avait-il la foi? Oui, à en juger par une lettre adressée jadis au père d'un défunt compagnon; non, si l'on en croit ses confidences au cinéaste Oliver Stone. "Au seuil de la mort, confiait en 2012 sa fille Alina, il s'est rapproché de Dieu." Lequel, cette fois encore, reconnaîtra les siens.