Les plages de rêves et les prisons sordides. Les mojitos et la surveillance policière. Le tourisme et le totalitarisme. Bref, Cuba... Par un curieux télescopage du calendrier, l'île a montré deux visages en un jour, lundi dernier, le 15 novembre.

Ce jour-là, le pays rouvre ses portes aux visiteurs internationaux, avec l'espoir de retrouver son niveau d'avant-Covid : 400 vols aériens par semaine (au lieu de 60, au mieux, pendant la pandémie). Mais cette date est aussi celle d'une marche pacifique, par laquelle la société civile entend prolonger l'explosion populaire spontanée du 11 juillet dernier, en réclamant, une fleur à la main, l'avènement de la démocratie.

Un homme est arrêté lors d'une manifestation contre le gouvernement du président cubain Miguel Diaz-Canel à La Havane, le 11 juillet 2021

Un homme est arrêté lors d'une manifestation contre le gouvernement du président cubain Miguel Diaz-Canel à La Havane, le 11 juillet 2021

© / ADALBERTO ROQUE / AFP

Comme il fallait s'y attendre, la manifestation est tuée dans l'oeuf. Avant l'aube, le régime déploie tout son savoir-faire répressif - élaboré après six décennies de pouvoir. Dans la nuit, La Havane et d'autres villes sont militarisées. Et les différentes composantes des forces de l'ordre (brigades de réaction rapide, "Guêpes noires", policiers en civil, comité de défense de la révolution) sont déployées au pied des immeubles afin de confiner les opposants chez eux.

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L'objectif tactique ? Eviter les scènes de tabassage ou d'arrestation en pleine rue qui, diffusées sur les réseaux sociaux, auraient fait le tour du monde. Et terni encore l'image de marque, savamment entretenue par Cuba, qui "vend" son délicieux cocktail de "fiesta, rhum et salsa".

De l'importance du tourisme

Or, le tourisme est essentiel à la survie du système. Locomotive économique du pays, avec plus de 4 millions de visiteurs annuels (avant le Covid), le secteur représente la principale source de devises étrangères et l'un des principaux piliers de l'économie - avec, aussi, l'exportation de médecins. La quasi-totalité des revenus du tourisme arrive d'ailleurs dans les caisses du consortium militaire Gaesa (dirigé par le gendre de Raúl Castro) qui contrôle l'ensemble de la filière : hôtellerie, location de voitures, bureaux de change, etc.

"En réduisant au silence les mécontents du 15 novembre, les autorités ont remporté une victoire à la Pyrrhus, estime l'Argentin Jorge Masetti, un ancien agent cubain aujourd'hui exilé en France. Le régime a toujours été répressif. Mais en militarisant tout le pays pour bloquer une manifestation pacifique, il se discrédite un peu plus." A ce rythme, même les touristes vont finir par le savoir.