Donald Trump a reçu des soutiens du monde entier, dès l'annonce de sa contamination au Covid-19. Vladimir Poutine a assuré que l'"optimisme" et la "vitalité" du président américain l'aideraient à vaincre le virus. Son homologue chinois Xi Jinping, de même que Barack Obama, le leader nord-coréen Kim Jong Un et le patron de l'OMS, organisation pourtant vilipendée par Washington, ont également souhaité à Trump un "prompt rétablissement".
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Car l'état de santé du milliardaire new-yorkais, candidat à a sa réélection, bouleverse évidemment la course à la présidence des Etats-Unis. Vendredi, Donald Trump montrait des symptômes légers, selon son chef de cabinet Mark Meadows, qui l'a décrit comme étant toujours "très énergique". Le médecin de la Maison Blanche Sean Conley a indiqué plus tard vendredi que Trump était "fatigué mais de bonne humeur". En fin d'après-midi, le président américain a été transporté dans un centre médical militaire près de Washington.
"Je pense que ça va ! Merci à tous. AMOUR !!!", a-t-il ensuite tweeté dans la nuit de vendredi à samedi. Mais la capacité à faire campagne de Donald Trump, ainsi qu'une éventuelle aggravation de ses symptômes, poussent à envisager plusieurs scenarii.
Selon son médecin, l'état du président américain est rassurant. Mais, dans le même temps, une source ayant connaissance de son état de santé a indiqué que son état de santé était inquiétant, et que les 48 prochaines heures seraient "décisives".
La campagne de Trump est-elle sabordée ?
Pour la suite de sa campagne, tout dépendra de la gravité de ses symptômes. Mais à 32 jours de l'élection, le temps presse. Si sa santé ne se détériore pas, Trump pourra reprendre les meetings d'ici deux semaines, une fois sa quarantaine effectuée. En attendant, les meetings électoraux auxquels il devait participer vendredi en Floride, samedi dans le Wisconsin (deux Etats-clés pour la victoire finale) et lundi dans l'Arizona ont été annulés, et le prochain débat, prévu le 15 octobre à Miami, a été laissé en suspens. La Maison Blanche a logiquement annoncé que tous les évènements de campagne du républicain seraient pour l'instant "virtuels" ou "repoussés".
Le président aime vanter sa vigueur et sa force physique, lui qui multiplie les déplacements de campagne, souvent longs et éprouvants dans un pays de près de 10 millions de km². Mais il n'en reste pas moins un homme de 74 ans, cliniquement obèse. Selon le New York Times, Trump se serait montré fatigué jeudi pendant sa levée de fonds et se serait endormi mercredi au retour de son meeting dans le Minnesota.
Côte démocrate, Joe Biden, qui a été testé négatif vendredi, trois jours après le débat entre les deux hommes, a annoncé continuer sa campagne, après avoir rappelé à son adversaire l'importance du masque et lui avoir souhaité un prompt rétablissement.
Quel impact sur l'opinion ?
Le Wall Street Journal voit deux possibilités, qui varient également en fonction de la gravité de la maladie de Trump. La plus évidente sur le plan politique est que "le contraste entre la longue série de déclarations présidentielles minimisant les effets du coronavirus - dont une prononcée quelques heures seulement avant l'annonce qu'il avait été testé positif - et la dure réalité de ce même président désormais frappé par le virus ne ferait que renforcer l'argumentaire des démocrates selon lequel Donald Trump a induit le pays en erreur sur l'impact de la pandémie".
La gestion de l'épidémie vaut à Donald Trump de très vives critiques, de la part de ses adversaires mais aussi de scientifiques et de certains élus de son propre camp. Il est accusé d'avoir envoyé des signaux contradictoires et confus, mais aussi d'avoir manqué de compassion face aux ravages provoqués par ce virus.
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Sondage après sondage, une très large majorité d'Américains juge sévèrement son action sur ce front. Juste avant le débat de mardi, Joe Biden avait une avance de dix points au niveau national (53% contre 43%), selon un sondage Washington Post-ABC. Une différence quasiment identique à celle observée en août avant les conventions des deux partis.
"D'un autre côté, si le président n'a qu'un cas bénin, qu'il surmonte rapidement, il pourrait utiliser cette expérience pour renforcer dans les derniers jours de la campagne son argument selon lequel les craintes envers le virus ont été exagérées", anticipe le WSJ, qui prend l'exemple du président brésilien Jair Bolsonaro contaminé cet été et plus populaire que jamais.
L'élection peut-elle être repoussée ?
En théorie oui, car l'article II de la constitution américaine confère au Congrès le pouvoir de fixer la date du scrutin permettant de choisir les grands électeurs, qui se déroulera le 3 novembre 2020 pour le coup. Depuis 1845, les grands électeurs sont choisis le mardi suivant le premier lundi de novembre, avant qu'ils n'élisent le couple exécutif le lundi suivant le deuxième mercredi de décembre de la même année. Dans la pratique, si le Sénat est à majorité républicaine, la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, n'acceptera pas à un décalage de l'election day.
Le parti républicain se retrouverait alors dans l'obligation de désigner un autre candidat. Ce qui est envisageable là aussi en théorie, puisqu'il faudrait organiser une nouvelle primaire, nettement moins en pratique à un mois du scrutin national. Outre le fait que le vote par correspondance a déjà commencé.
En cas d'incapacité à gouverner, quelles conséquences pour la présidence ?
Vendredi après-midi, Judd Deere, porte-parole de la Maison Blanche, a déclaré que le président resterait pleinement au pouvoir. "Pas de transfert. Le président est aux commandes", a dit-il. Mais si le président américain devait se retirer temporairement de l'exercice de ses fonctions, le pouvoir reviendrait à son vice-président, Mike Pence, comme le prévoit la constitution du pays.
Dans un tel cas, selon l'article 3 de l'amendement XXV, Donald Trump devrait faire parvenir au président du Sénat, le républicain Chuck Grassley, et la présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi, "une déclaration écrite leur faisant connaître son incapacité d'exercer les pouvoirs et de remplir les devoirs de sa charge". "Jusqu'au moment où il les avisera par écrit du contraire, ces pouvoirs seront exercés et ces devoirs seront remplis par le vice-président agissant en qualité de président par intérim", ajoute le texte.
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Cet article a déjà été utilisé à trois reprises par deux présidents, pour trois coloscopies : Ronald Reagan en 1985 et George W. Bush en 2002 et 2007. A chaque fois, les présidents avaient subi une anesthésie générale, laissant les rênes du pouvoir pendant quelques heures respectivement à George Bush père et à Dick Cheney. Après l'attentat contre Reagan en 1981, une lettre invoquant le XXVe amendement avait été préparée, mais jamais envoyée au Congrès.
Selon l'article 4, jamais utilisé, si le président est incapable physiquement ou s'il refuse de céder le pouvoir, c'est alors le vice-président, soutenu par une majorité des membres du cabinet, qui avertit par écrit les chefs du Congrès que le président ne peut plus exercer ses fonctions. Il revient alors au Congrès de prendre une décision, par un vote aux deux tiers des deux chambres. Le texte a été prévu pour des cas comme Woodrow Wilson, partiellement paralysé et aveuglé sur la fin de son mandat à la suite d'un accident vasculaire cérébral en 1919.
En cas de décès ?
L'amendement XXV, adopté en 1967 après l'assassinat de John F. Kennedy, précise aussi les modalités de transfert des pouvoirs exécutifs en cas de décès ou de démission. C'est encore le vice-président qui hérite de la place. Une promotion dans de telles circonstances n'est pas rare dans l'histoire américaine. Lyndon B. Johnson a succédé de cette manière à John F. Kennedy en 1963, et en 1974, le vice-président Gerald Ford a remplacé le démissionnaire Richard M. Nixon.
Que se passerait-il en revanche en cas de décès ou d'incapacité du vice-président ? La Constitution laisse au Congrès le soin de décider, et plusieurs lois ont été adoptées pour définir les éventualités. La loi la plus récente, promulguée en 1947 après la mort de Franklin D. Roosevelt en 1945, précise que la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi (qui a indiqué vendredi avoir été testé négative et que "la continuité du gouvernement est assurée") est la suivante dans l'ordre, avant le président pro tempore du Sénat Chuck Grassley, 87 ans, puis le secrétaire d'État des Etats-Unis (Mike Pompeo actuellement).
Mais selon Jack Goldsmith, professeur à la Harvard Law School cité par le New York Times, il est possible que Pelosi et Mike Pompeo réclament tous deux la présidence. "Ce sont des scénarios cauchemardesques parce que ces points de droit constitutionnel n'ont vraiment jamais été testés", a-t-il expliqué.
Et si Trump gagne mais ne peut pas exercer ?
Le flou serait encore plus grand en cas de victoire de Donald Trump à l'élection le 3 novembre... avec incapacité de gouverner de la part du président. Le système électoral américain reposant sur un vote indirect à travers les grands électeurs, tout dépendrait de la loi de chaque Etat quant à la désignation d'un nouveau vainqueur, point sur lequel les spécialistes du droit US sont en train de s'arracher les cheveux : "De nombreuses lois d'État sont silencieuses sur cette possibilité", a expliqué au NYT Richard Hasen, professeur de droit à l'université de Californie.
"Ce qui est le plus probable, c'est que l'élection ait lieu à la date prévue avec le nom du candidat décédé ou frappé d'incapacité sur le bulletin de vote. Ensuite, cela dépendrait des législations locales, si elles permettent aux grands électeurs de chaque État de voter pour quelqu'un d'autre que le candidat décédé, comme le vice-président désigné par ce candidat par exemple, en fonction de qui a remporté l'État", a également écrit, pour Slate cette fois, Richard Hasen.
Certains États obligent en effet leurs grands électeurs, avec menace d'une amende, à voter pour celui qui remporte l'État, mais même eux ne font aucune mention de ce qui pourrait arriver si un candidat vainqueur décède ou est incapable de servir. La question devrait là aussi être tranchée au Congrès, entre démocrates et républicains, sauf à un immense chaos devant les tribunaux américains.
