Après un débat infernal entre Donald Trump et Joe Biden la semaine dernière, le duel des vice-présidents avait un air de discussion polie mercredi soir. Mike Pence et Kamala Harris ne se sont pas interrompus, ne se sont pas insultés et ont même évoqué leur respect mutuel. Dans les États-Unis de 2020, la performance est notable.

D'autant que leur débat était très attendu, à 27 jours d'une élection incertaine et qui pourrait précipiter les États-Unis dans le chaos. Le vice-président Mike Pence avait une mission presque impossible : faire oublier la très mauvaise passe vécue par Donald Trump, atteint du Covid-19 et en chute libre dans les sondages. À la sortie du débat, le résultat paraît mitigé pour Pence.

Un débat entre deux parois de plexiglas

Avant même les premiers échanges, le sujet de la gestion de la pandémie par le gouvernement Trump était visible dans la salle : deux parois de plexiglas séparaient les débatteurs, assis à quatre mètres l'un de l'autre. L'occasion pour la sénatrice de Californie d'attaquer bille en tête le vice-président sur ce bilan et les 210 000 morts du Covid-19 aux États-Unis : "Les Américains ont assisté à l'échec le plus retentissant d'une administration dans l'histoire de notre pays." Kamala Harris a notamment fustigé les mensonges du président sur la maladie et la désorganisation des États-Unis face à l'avancée du virus.

En réponse, Mike Pence a défendu les actions entreprises, comme la fermeture des frontières avec la Chine dès janvier, le développement de médicaments et la promesse d'un vaccin avant la fin de l'année. Avec Donald Trump lui-même atteint par la maladie et la Maison-Blanche devenue une source de contaminations, l'exercice était délicat, voire impossible, pour le vice-président.

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Autre sujet majeur de désaccord entre les deux candidats : la nomination d'un nouveau juge à la Cour suprême. Alors que les Républicains se pressent de confirmer la conservatrice Amy Coney Barrett avant la présidentielle, les Démocrates estiment que le vainqueur de l'élection de novembre devrait décider du prochain juge. Kamala Harris a rappelé le précédent d'Abraham Lincoln, qui en 1864 avait attendu les résultats du scrutin pour remplacer un juge de la Cour suprême. Pence, à l'inverse, s'est dit ravi d'avoir l'honneur de nommer la juge Barret et a mis en avant sa foi catholique, décisive pour mobiliser les chrétiens conservateurs. Dans la même veine, le vice-président s'est dit fier d'être anti-avortement et de "se battre pour la vie de tous les êtres humains".

Le véritable moment marquant de cet échange restera toutefois le refus de Kamala Harris de répondre à une question de la modératrice : Joe Biden va-t-il augmenter le nombre de juges à la Cour suprême en cas de victoire ? Comme l'ancien vice-président la semaine dernière, la sénatrice de Californie a complètement éludé la question, ce qu'a fortement souligné Mike Pence. De son côté, l'actuel vice-président n'a pas indiqué ses intentions en cas de refus de Donald Trump de quitter le pouvoir s'il perd l'élection. L'occasion pour Pence de répéter à quel point il est "honoré" de servir aux côtés de ce président, "injustement traité par les médias".

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Ce duel de vice-présidents était particulièrement attendu par les observateurs, alors que les questions sur l'état de santé des candidats se multiplient. "Jamais nous n'avons eu deux candidats à la présidentielle aussi âgés [74 et 77 ans] et la pandémie les met encore plus à risque, comme le montre l'état de santé de Trump, relève Kyle Kopko, politologue au Elizabethtown College. Les Américains regardent donc ces vice-présidents comme de vrais présidents potentiels." Quoi qu'il arrive, Harris et Pence seront des prétendants à la présidence en 2024, et pourraient alors se retrouver une nouvelle fois face-à-face.

Avant cela, le prochain duel de la présidentielle opposera Biden et Trump le 15 octobre, à Miami. À condition que le président des États-Unis ait suffisamment récupéré du Covid-19 d'ici là. Au sens propre.