Retour en fanfare pour Donald Trump après une semaine de confinement à la Maison-Blanche. Le président américain s'est offert un meeting triomphal en Floride lundi, avant d'enchaîner mardi en Pennsylvanie. Entouré de ses supporters, le locataire de la Maison-Blanche s'est parfois laissé aller à un discours aux accents quasi christique. "Je l'ai eu. Maintenant, ils disent que je suis immunisé. Je me sens si puissant. Je peux marcher dans cette foule embrasser tout le monde, embrasser les hommes et les magnifiques femmes", a-t-il ainsi lancé lundi lors de son premier meeting de retour à Sanford.
Peu de masques et pas de distanciation en revanche, parmi les milliers de personnes venues l'acclamer lors des deux événements. Et ce même si les États-Unis restent le pays le plus endeuillé du monde par la pandémie, avec plus de 215 000 morts du Covid-19. Malgré sa propre infection, le président américain a décidé de rester fidèle à sa ligne : pas question d'entraver la reprise économique du pays en durcissant la politique sanitaire.
Rhétorique du "super-héros"
Depuis le début de son infection, tout a plutôt été fait pour consolider l'image de dur à cuire du président américain à grand renfort de mises en scène et de déclarations chocs. "Le président Trump n'aura pas à se remettre du Covid. Le Covid devra se remettre du président Trump", fanfaronnait ainsi sur Twitter le représentant républicain de Floride Matt Gaetz dès les premiers jours de la maladie de Donald Trump. Ont ensuite rapidement suivi le retour "héroïque" du président en hélicoptère, son masque enlevé dans un geste de défi sur le balcon de la Maison-Blanche, et les multiples vidéos de lui publiées sur les réseaux sociaux. À travers son marathon de meetings prévus cette semaine, le président espère bien parachever le tableau en évacuant les derniers doutes planant sur son état de santé.
À cet égard, la responsable des réseaux sociaux de la Team Trump Ryann McEnany n'a pas manqué de partager la vidéo d'un Donald Trump tout sourire en train de danser YMCA devant ses supporters, avant de rejoindre Air Force One à l'issue de son meeting de lundi. Après la Floride lundi et la Pennsylvanie mardi, Donald Trump est attendu ce mercredi dans l'Iowa avant d'enchaîner jeudi en Caroline du Nord.
"On aurait pu imaginer que Donald Trump ferait évoluer son discours sur le Covid-19 après son infection, mais finalement il continue sur la même ligne. Aujourd'hui il est dans une stratégie jusqu'au-boutiste", décrypte pour L'Express Jean-Éric Branaa, maître de conférences à l'Université Paris-II-Panthéon-Assas et auteur de Joe Biden, une biographie du candidat démocrate (Ed. Nouveau Monde). "Plutôt que d'utiliser son infection pour faire amende honorable, il a préféré continuer de minimiser la pandémie et jouer la carte du super-héros qui a vaincu la maladie."
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Au passage, le président américain en profite pour moquer par contraste son rival démocrate, qu'il accuse de sénilité depuis des mois. Après avoir estimé mardi en Pennsylvanie que Joe Biden était mentalement "grillé" et "s'étouffait comme un chien" pendant leur dernier débat, Donald Trump a tweeté un photomontage le montrant dans un fauteuil roulant, entouré d'autres personnes âgées. La veille, il l'avait déjà accusé de n'avoir "plus de force" et "plus d'énergie", en plus de ne rassembler "presque personne" en meeting. Respectant scrupuleusement les consignes sanitaires, l'ancien vice-président de Barack Obama n'a en effet participé à aucun grand rassemblement depuis plusieurs mois et s'affiche toujours avec un masque en public. Un dernier point sur lequel Donald Trump l'avait d'ailleurs raillé lors du premier débat, avant de tomber malade deux jours plus tard...
Décrochage dans les sondages
Reste que la stratégie du "super-héros" de Donald Trump ne semble pas vraiment porter ses fruits dans les sondages. À 20 jours du scrutin, il accuse un retard de plus de 10 points sur son rival démocrate selon la moyenne des enquêtes d'opinions nationales. Pour ne rien arranger, le locataire de la Maison-Blanche est aussi donné perdant dans de nombreux États clés qu'il avait remportés en 2016.
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En effet contrairement à d'autres chefs d'État, Donald Trump n'a pas bénéficié d'une hausse de popularité après avoir contracté le Covid-19. Le dirigeant brésilien Jair Bolsonaro avait enregistré une hausse de 5 points en août dernier, un mois après son infection, passant de 32% à 37% de popularité selon l'institut Datafolha. Au Royaume-Uni, le Premier ministre Boris Johnson était également passé de 54 à 60% de popularité après son hospitalisation en soins intensifs, d'après YouGov. À l'inverse, entre le début de son infection et son retour en campagne, Donald Trump a chuté de 0,8 point dans les intentions de vote, passant de 42,7% le 1er octobre à 41,9% le 12, selon le site de synthèse statistique FiveThirtyEight.
"Ses supporters aiment qu'il joue ce côté super-héros qui résiste à tout, même un virus mortel. Mais je ne pense pas que ça puisse convaincre au-delà de son propre camp", souligne Jean-Éric Branaa pour qui cela a même l'effet inverse auprès des seniors. Selon un sondage national CNN/SSRS publié le 6 octobre, Joe Biden est en effet en tête de 21 points chez les électeurs de plus de 65 ans avec 60% des intentions de vote contre 39% pour Donald Trump. Une différence majeure avec l'élection de 2016, lors de laquelle le milliardaire menait de 5 points auprès de cette catégorie d'électeurs face à Hillary Clinton.
D'autant que cette avance du démocrate auprès des seniors a toutes les chances de faire basculer certains États clés que Donald Trump avait remportés en 2016. En Floride, Joe Biden devance ainsi le locataire de la Maison-Blanche chez les électeurs de plus de 65 ans, à 55% contre 40%, selon un sondage Quinnipiac du 7 octobre. Dans cet État doté de 29 grands électeurs, qui compte la plus haute proportion de retraités du pays (20,5%), le soutien des plus âgés apparaît décisif pour espérer l'emporter. "Les seniors constituent typiquement l'un des électorats dans lesquels Donald Trump était fort, mais ils s'inquiètent aujourd'hui de la pandémie qui repart aux États-Unis. Donc en négligeant complètement ces peurs, Donald Trump est en train perdre une partie de ces électeurs", conclut Jean-Éric Branaa. La stratégie du "super-héros" semble avoir ses limites.
