Une tendance en défaveur de Donald Trump tend à se confirmer ces derniers jours, à trois semaines du scrutin américain. Depuis le 29 septembre, jour du débat entre les deux candidats à l'élection présidentielle qui se déroulera le 3 novembre prochain, le président sortant chute dans les sondages. Deux jours plus tard, il est testé positif au coronavirus après avoir passé des mois à minimiser les effets du Covid-19.

D'après le site Real Clear Politics, il y a dix jours, le candidat républicain était crédité de 43,3 % d'intentions de vote, contre 49,4 % pour Joe Biden. Le 9 octobre, Donald Trump est tombé à 42 % tandis que son adversaire démocrate est lui monté à 51,6 %, et enregistre une avance de 9,6 points.

L'écart se creuse donc entre les deux candidats au niveau national mais se confirme aussi dans certains Etats clefs, notamment dans le nord-est du pays, comme dans le Wisconsin, le Michigan ou encore la Pennsylvanie, note par ailleurs Marie-Cécile Naves, chercheuse associée à l'Institut de Relations internationales et stratégiques (Iris), et spécialiste des États-Unis, auprès de L'Express.

La courbe des intentions de vote entre le 1er août et le 9 octobre pour l'élection présidentielle américaine 2020 selon les instituts de sondage

La courbe des intentions de vote entre le 1er août et le 9 octobre pour l'élection présidentielle américaine 2020 selon les instituts de sondage

© / Real Clear Politics

Une chute "brutale" mais "relative", nuance auprès de l'Express Jean-Eric Branaa, spécialiste de la politique américaine et auteur de Joe Biden (Nouveau Monde Editions), car "Donald Trump est toujours assez haut".

Un effet "post-débat"

L'une des hypothèses pour expliquer cette baisse du président actuel dans les sondages est un "effet post-débat" qui avait déjà été observé en 2016 en faveur d'Hillary Clinton face à Donald Trump, rappelle Marie-Cécile Naves. Le débat du 29 septembre a été qualifié de "pire" débat de l'histoire des Etats-Unis, au point de provoquer l'annonce par les organisateurs de mesures additionnelles pour "maintenir l'ordre" lors des prochains duels télévisés.

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De nombreuses questions de fond n'ont en effet pas pu être abordées, ou alors elles ont été noyées dans les insultes échangées par les candidats. Cette stratégie peut avoir séduit les trumpistes mais, pour Jean-Eric Branaa, elle a pu faire perdre à Donald Trump un électorat qui ne s'intéresse pas beaucoup à la politique et qui "souhaite simplement des réponses, et là il n'y en a pas eu".

Une communication cynique sur la pandémie

Autre facteur : la communication choisie par Donald Trump autour de sa contamination au Covid-19. Le président américain a été testé positif jeudi 1er octobre, puis hospitalisé pendant trois jours avant de sortir, lundi dernier de l'hôpital, toujours malade. Son discours en sortant de l'hôpital, invitant les Américains à ne pas avoir peur du virus, "lui coûte cher sur l'électorat républicain modéré, mais aussi chez les personnes âgées et les femmes", explique Marie-Cécile Naves. Soit les personnes qui perçoivent le plus les effets de la pandémie dans leur quotidien.

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En juillet, quand Donald Trump avait, là aussi, "adopté un discours très cynique sur la pandémie", une baisse similaire avait été observée dans les sondages, rappelle Jean-Eric Branaa. Les Etats-Unis sont le pays le plus touché par la pandémie de coronavirus avec 213 795 décès, et en particulier dans les Etats du Nord, où la population est en moyenne plus âgée que dans le Sud.

Des doutes autour de son état de santé

"En plus il a bénéficié d'un traitement pointu entouré de dizaines de médecins alors qu'il n'arrête pas de se vanter d'avoir supprimé l'Obamacare", ajoute Marie-Cécile Naves. D'autre part, la communication autour de son état de santé, "qui laisse un fort sentiment qu'il y a des non-dits", joue là aussi en sa défaveur, selon la chercheuse associée à l'Iris.

"Il n'a pas l'air en super forme, et dit qu'il va bien. Il y a plus qu'un flottement, il y a une vraie question autour de sa santé et sur sa capacité à gouverner", abonde Jean-Eric Branaa. Interviewé jeudi pendant deux heures par la chaîne Fox News, le président sortant a plusieurs fois été pris de quintes de toux, ce qui contredit ses affirmations.

Joe Biden, lui, profite de l'affaiblissement de son adversaire républicain à travers sa communication. Au contraire de Donald Trump, il appelle régulièrement à respecter les gestes barrière. Il porte le masque à toute occasion et "lui n'a pas été testé positif", note Marie-Cécile Naves, alors que la Maison Blanche s'est transformée en cluster avec un nombre croissant des conseillers ou de personnes passées par la présidence ayant contracté le coronavirus.

La courbe peut-elle s'inverser ?

Pour rattraper son retard, Donald Trump met les bouchées doubles et a repris sa campagne électorale. A neuf jours de sa sortie d'hôpital, le chef d'Etat qui espérait initialement tenir un meeting dès samedi en Floride - Etat-clé pour décrocher la victoire le 3 novembre - va finalement organiser ce premier événement à la Maison Blanche sur le thème de "la loi et l'ordre", l'un de ses slogans. Il a également tenté un coup médiatique en se faisant interroger par un médecin chroniqueur de Fox News à la télévision sur son état de santé, et affirmant qu'il allait bien. Il repart en outre dès lundi en meeting en Floride, puis à Johnstown, en Pennsylvanie, mardi, et à Des Moines, dans l'Iowa, mercredi.

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"Il a besoin de faire oublier le thème de la pandémie, de mettre l'attention médiatique sur un autre sujet que le Covid-19, qui est le sujet sur lequel il est le plus sévèrement jugé", analyse Marie-Cécile Naves. Elle estime que "tout est encore possible", soulignant qu'il reste encore un débat entre Donald Trump et Joe Biden, prévu le 22 octobre. "Il peut se passer encore beaucoup de choses, à chaque jour son lot de surprises dans cette campagne", ajoute-t-elle.

Mais pour Jean-Eric Branaa, au contraire, "tout est joué" et les courbes ont peu de chance de s'inverser. "Elles sont plutôt stables depuis quatre ans, même s'il y a un niveau plutôt élevé pour Donald Trump", explique-t-il. D'autant que Donald Trump a refusé de participer au deuxième débat qui devait avoir lieu en virtuel jeudi 15 octobre. "Comment inverser la courbe sans débat ?", interpelle-t-il, "d'autant que l'avance de Joe Biden se renforce dans plusieurs Etats clefs".

Le chemin n'est toutefois pas encore complètement tracé pour Joe Biden qui devra vaincre Donald Trump avec une large avance s'il veut "contrecarrer les projets de son adversaire de contester les résultats du vote devant la justice", prévient Marie-Cécile Naves.