S'ils sont d'abord Canadiens, la plupart des nouveaux citoyens du pays n'oublient pas leurs racines. C'est le cas des Asiatiques, par exemple. Les premiers Chinois, venus en nombre à la fin des années 1800, ont construit le chemin de fer transcanadien et se sont principalement installés à Vancouver. Aujourd'hui, les Canadiens d'origine chinoise, coréenne, japonaise, indienne, pakistanaise, philippine... forment, à travers tout le territoire, une large communauté de plus de 6 millions de personnes, soit plus de 17 % de la population canadienne, selon le dernier recensement exploité, remontant à 2016. Et si cette année-là, selon Statistique Canada, près de la moitié du total des nouveaux venus étaient nés en Asie (incluant le Moyen-Orient), entre 2017 et 2019, 63,5 % des immigrants étaient originaires de ces différents pays (Chine, Corée du Sud, Inde, Iran,Pakistan, Philippines, Syrie...).
De nouveaux paradigmes
"Jusqu'à la fin des années 1960, le Canada accueillait principalement des immigrants d'origine européenne. Mais, au début des années 1970, les politiques d'immigration ont évolué pour adopter un système à points, visant une immigration économique. La nature même de l'immigration a alors changé. Le pourcentage d'Européens a chuté et le nombre d'immigrants d'Asie et d'autres régions du monde, dont l'Amérique latine et l'Afrique, a augmenté", explique Daniel Béland, directeur de l'Institut d'études canadiennes de l'Université McGill.
Selon les projections de Statistique Canada, à horizon 2036, les immigrants nés en Asie pourraient représenter plus de 55 % des nouvelles arrivées. D'une manière générale, l'ensemble des immigrants formeraient quant à eux, à la même date, entre 24,5 % et 30 % de la population du Canada, contre 20,7 % en 2011. Les proportions les plus élevées depuis 1871...
Dans la mosaïque canadienne, au-delà des Asiatiques, on trouve des populations implantées de longue date : des Allemands et d'autres germanophones (arrivés de Russie, de l'Empire austro-hongrois et de Suisse avant et après la Seconde Guerre mondiale), dont descendent plus de 3 millions de Canadiens; mais aussi des Italiens, avec aujourd'hui plus de 1,5 million d'Italo-Canadiens.
Et si l'Afrique, notamment du Nord et de l'Ouest, et l'Amérique latine fournissent des contingents depuis plusieurs années, c'est également vrai de la Caraïbe et en particulier d'Haïti. Principalement installés au Québec du fait de la proximité linguistique - comme les Irlandais avant eux, mais aussi en raison de la même religion catholique -, les Haïtiens sont, comme de nombreux autres immigrants, arrivés par vagues depuis les années 1930, en fonction des soubresauts politiques dans leur pays d'origine. Vagues qui se sont largement intensifiées dans les années 1960, avec la dictature Duvalier, et plus récemment, dans le sillage du tremblement de terre de janvier 2010. La communauté haïtienne compte, selon le recensement de 2016, 165 000 personnes.
Une large communauté ukrainienne
Enfin, parmi les Européens, on trouve des Ukrainiens. Au total, plus de 1,4 million de Canadiens revendiquent des origines de ce pays. Leur présence, en particulier dans les Prairies canadiennes, où vivent environ 700 000 membres de la communauté (soit 11 % de la population en Alberta, dans la Saskatchewan et au Manitoba), est ancienne : selon les sources officielles, les premières arrivées datent de 1891. Tandis que les autorités d'alors cherchaient à peupler les grandes plaines au centre du pays, les Ukrainiens ont été attirés par la promesse de terres à exploiter (même si certaines avaient été prises aux Autochtones).
Puis les flux se sont succédé à la fin de la Première Guerre mondiale, puis après la Seconde. Entre 1947 et 1954, 34 000 Ukrainiens ont ainsi été accueillis au Canada. Entre 2001 et 2016, quelque dix ans après l'indépendance de l'Ukraine (1991), plus de 40 000 ont fait également le choix d'immigrer. Désormais, c'est une nouvelle vague - de réfugiés, pour l'instant - qui arrive.
