Les sénateurs républicains ont tranché, et décidé d'épargner leur ancien patron. Lors d'un deuxième procès en destitution historique, la chambre haute du pouvoir législatif américain a fait le choix d'acquitter Donald Trump samedi. L'ancien président était poursuivi pour "incitation à l'insurrection", après l'assaut du Capitole par ses partisans le 6 janvier dernier.

Pour condamner le milliardaire, il aurait fallu que 17 sénateurs républicains se joignent aux 50 démocrates. Mais ils ne sont que sept à avoir franchi le Rubicon, permettant de fait, son acquittement. Si le parti est globalement resté fidèle à l'ancien locataire de la Maison-Blanche, il ressort néanmoins fragilisé par une séquence qui a profondément divisé en son sein. Cet épisode laisse présager une période difficile dans les mois à venir.

Une bataille fratricide

Pour les sénateurs républicains s'étant prononcés en faveur d'une condamnation Donald Trump, le retour de bâton ne s'est pas fait attendre. L'élu de Louisiane Bill Cassidy a ainsi été, dès dimanche, la cible d'une motion de censure émanant de la branche locale de son parti. Même chose ce lundi pour son collègue de Caroline du Nord, Richard Burr, dont la décision de lâcher Trump a été jugée "décevante et choquante" par le président du Grand Old Party (GOP) au niveau de son État.

Des sanctions disciplinaires qui ne sont que les dernières d'une longue série. La représentante du Wyoming, Liz Cheney, a elle aussi fait face à une procédure similaire sur ses terres début février, à la suite de son vote en faveur de l'impeachment à la Chambre des représentants. Le parti républicain d'Arizona a également censuré le gouverneur Doug Ducey, pour ne pas avoir soutenu le milliardaire dans sa contestation des résultats de l'élection, tout comme Cindy McCain, la veuve de l'ancien candidat à la Maison-Blanche John McCain, ou Jeff Flake, l'ancien sénateur de l'État.

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"On peut s'attendre à énormément de secousses au sein du parti dans les mois à venir. Tous les élus qui se sont opposés à Donald Trump sont assurés d'avoir des trumpistes face à eux lors des prochaines primaires républicaines", analyse Jean-Éric Branaa, maître de conférences à l'Université Paris-II-Panthéon-Assas, spécialiste de la politique américaine. Reste maintenant à savoir quelle ligne politique s'imposera lors des prochaines échéances électorales, notamment les "midterms" de 2022.

"Les élus qui ont pris leurs distances avec le trumpisme pourraient le payer cher dans les urnes. Toutes les études d'opinion montrent que l'électorat républicain est toujours fortement attaché à la figure de Donald Trump", souligne sur ce point Romain Huret, historien des États-Unis et directeur d'études à l'EHESS. En effet, selon un sondage ABC News / Ipsos publié ce lundi, seulement 14% des électeurs républicains estiment que Donald Trump aurait dû être condamné lors de son procès devant le Sénat, contre 58% des Américains toutes tendances politiques confondues.

Un troisième parti ? L'idée qui monte

Pour éviter de jouer leur place, certains élus tentent tant bien que mal de rester sur la ligne de crête. S'il a refusé de voter contre Donald Trump, le chef de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, s'est ainsi empressé de prendre ses distances une fois l'acquittement prononcé. "Il n'y a aucun doute, aucun, que le président Trump est, dans les faits et moralement, responsable d'avoir provoqué les événements de cette journée" du 6 janvier, a-t-il lancé, manière de ménager la chèvre et le chou.

Mais au-delà des divisions au sein du parti républicain, l'idée de la création d'un troisième parti a aussi gagné du poids à Washington ces dernières semaines. Selon Reuters, plus de 120 anciens responsables républicains ont ainsi tenu début février une conférence sur Zoom pour discuter de la création d'une nouvelle entité de centre droit, afin de rompre avec le virage populiste impulsé par Donald Trump.

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À l'inverse, plusieurs médias américains ont également laissé entendre ces dernières semaines que le milliardaire pourrait être intéressé par la création d'un nouveau parti baptisé "MAGA Party" ou "The Patriot Party", en vue des prochaines élections. Un sondage CBS publié le 9 février soulignait d'ailleurs que 70% des républicains étaient prêts à étudier la possibilité de rejoindre le milliardaire dans une nouvelle formation politique, si celle-ci venait à être créée. Une hypothèse qui a toutefois été écartée par l'entourage de Donald Trump fin janvier.

Le scénario d'un troisième parti, quel qu'il soit, semble toutefois hautement improbable pour Jean-Éric Branaa. "Le système politique américain est fait de telle manière qu'une telle initiative serait catastrophique sur le plan électoral. Cela diviserait en deux les voix de droite et permettrait aux démocrates de l'emporter de manière quasi certaine. Et ni les trumpistes, ni les modérés, ne veulent cela", balaye-t-il. Il semble donc que malgré leurs désaccords, les républicains n'auront d'autres choix que de s'entendre, au sein d'un seul et même parti.