A quels prix se font les voyages dans l'espace de Jeff Bezos ? Dans un texte publié en ligne, l'ancienne responsable de la communication interne, Alexandra Abrams, ainsi que 20 autres actuels et anciens employés de l'entreprise Blue Origin détenue par le multimilliardaire tirent la sonnette d'alarme.
Anonymement (à l'exception d'Alexandra Abrams, donc), ils dénoncent l'ambiance "toxique", le sexisme, et le déni en ce qui concerne la sécurité ou encore l'environnement. La culture de Blue Origin "ignore l'état de notre planète, détourne le regard face au sexisme, n'est pas suffisamment à l'écoute des défis de sécurité, et réduit au silence ceux qui cherchent à corriger ces problèmes (...) Nous ne devrions pas attendre la perte de vies humaines pour nous pencher sur ce qu'il se passe derrière les portes des entreprises spatiales privées, écrivent-ils. Le temps est venu - maintenant que le public monte à bord - de permettre une surveillance indépendante."
Après avoir transporté en juillet jusqu'à l'espace ses quatre premiers passagers, dont Jeff Bezos, un deuxième vol habité est prévu par Blue Origin le 12 octobre. L'agence américaine de l'aviation (FAA) a déclaré jeudi "prendre toutes les allégations sur la sécurité au sérieux" et être en train "d'analyser les informations".
Pression extrême
Mais l'agence se limite, pour les vols spatiaux privés, à s'assurer qu'une collision ne survienne pas avec un avion de ligne, ou que des débris ne tombent pas à terre, rappelle le texte. De nombreux employés signataires ne "monteraient pas à bord d'un vaisseau de Blue Origin", affirme également cette tribune, dénonçant un manque de personnel, de ressources, et une pression extrême pour réduire les coûts et les délais.
"La compétition avec d'autres milliardaires (...) a pris le dessus sur les préoccupations liées à la sécurité qui auraient ralenti le calendrier", ont écrit les anciens employés, citant notamment le Britannique Richard Branson, fondateur de la société concurrente Virgin Galactic.
Les responsables de Blue Origin sont encouragés à "pousser les employés dans leurs retranchements", raison pour laquelle certains d'entre eux ont eu "des pensées suicidaires", soutient le texte.
En 2019, le personnel a dû signer des contrats les engageant à ne pas dénigrer publiquement l'entreprise, ajoute-t-il. Les signataires de la tribune listent par ailleurs de nombreux comportements déplacés à l'égard des femmes -- dont une personne ayant été plusieurs fois signalée pour harcèlement sexuel auprès des ressources humaines, ayant malgré tout été promue au sein de l'équipe de recrutement.
"Blue Origin n'a aucune tolérance pour la discrimination ou le harcèlement", a réagi l'entreprise dans une déclaration transmise à l'AFP, en s'engageant à "enquêter rapidement sur toute nouvelle allégation de mauvaise conduite".
