D'abord quelques tiraillements, puis une douleur plus lancinante. Finalement, Christian a pris perpète... Treize ans après que son dos eut lâché et trois opérations plus tard, cet ancien sportif de haut niveau (équitation, tennis) sait que la douleur, elle, ne le lâchera jamais plus. Condamné, il doit apprendre à vivre avec. Un apprentissage qui se dispense aujourd'hui dans certains hôpitaux. Ainsi, au sein de l'unité de rhumatologie de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, dirigée par le Pr Pierre Bourgeois, où une trentaine de désespérés du dos ont, depuis un an, participé à des stages à l'appellation quasi commando de «réentraînement à l'effort». Point besoin ici, pourtant, de discipline militaire: «Pour être sélectionnés, les patients doivent faire preuve d'une motivation sans faille», sourit Annie Krzys, l'assistante sociale.
Et comment! Pendant près d'un mois, cinq jours par semaine et sept heures par jour, ils ont à enchaîner les séances de gymnastique, de musculation, de stretching ou de relaxation. Ce matin, Christian et ses trois compagnons d'infortune suent à tour de rôle, des agrès au vélo, du tapis roulant au tapis de sol, puis de la salle «de torture» à la piscine. Entre les différents exercices, limités à une vingtaine de minutes, les spécialistes établissent un programme personnalisé et progressif pour muscler le dos. «Après deux hernies discales et deux interventions chirurgicales, je ne me pensais pas capable de fournir un travail aussi physique», souffle Brigitte.
Longtemps, la médecine a considéré que le repos était le meilleur remède aux maux de dos. Mais, si elle peut soulager ponctuellement, la cessation totale d'activité atrophie les muscles et complique toute tentative de reprise, surtout sur le long terme. «Nos patients ont des trajectoires professionnelles et médicales très différentes, mais tous ont en commun des arrêts maladie durables (entre trois et douze mois), précise le Dr Sylvie Rozenberg, rhumatologue. A nous de leur faire prendre conscience de la permanence de la douleur et, malgré cela, de leur permettre une véritable réinsertion sociale.» D'où une prise en charge multidisciplinaire originale avec l'apprentissage d'exercices de gymnastique quotidienne par les kinésithérapeutes, mais aussi l'intervention d'un psychologue et d'une assistante sociale pour mieux appréhender et faciliter un retour à la vie active. Ou enfin, la participation d'une ergothérapeute, Isabelle Pigerol, dont le travail, plus fonctionnel, consiste à «apprendre aux malades à mieux utiliser leur dos dans les gestes de la vie courante». Au total, la France compte aujourd'hui une vingtaine de centres de réentraînement à l'effort au taux de réussite flatteur: 70% des patients, considérés comme des cas extrêmes, retrouvent une activité professionnelle de un à deux mois après le stage. Christian, lui, rêve tout haut: «Et si je pouvais reprendre le tennis? Ne serait-ce qu'un petit peu...»