«Se coucher, c'est se rouiller»: la formule fétiche des médecins américains en matière de lumbago a débarqué en France il y a cinq ans environ. Pragmatiques, ceux-ci avaient constaté, au début des années 90, qu'un repos prolongé, tel qu'on le préconisait généralement en Europe, n'était pas sans danger. Progressivement, en effet, les muscles fondent, les articulations se détériorent et la rééducation se fait plus difficile. Aujourd'hui, le corps médical estime que seule une douleur aiguë peut motiver une immobilité constante dans son lit durant plusieurs jours.

Cela ne signifie pas pour autant qu'il faille immédiatement se remettre au sport: «La reprise doit être graduelle, avec un programme sur mesure. Celui-ci dépend tout autant de la pathologie elle-même que du degré de forme physique du patient», explique le Dr Alain Duvallet, médecin du sport à l'hôpital Cochin (Paris). Il faudra par exemple compter environ deux mois pour un homme bien entraîné, et six mois ou plus s'il ne pratiquait aucune activité physique avant son accident. Mais, dans tous les cas, il est essentiel de ne pas cesser d'entretenir ses muscles - «Cet entretien fait partie du traitement», insiste le Dr Duvallet, même s'il se limite à une heure de marche quotidienne. Ensuite, progressivement, des exercices physiques vont être proposés, de préférence dans l'eau, car les muscles sont moins sollicités. L'idéal: des séances de gymnastique aquatique ou des longueurs de crawl avec masque et tuba, «pour se concentrer sur son activité dorsale et éviter des mouvements trop violents de la tête».

Troisième étape, après l'entretien et l'exercice physique: la pratique d'un sport. Celui-ci devra, dans un premier temps, être le plus doux possible. Le vélo, par exemple (à condition de bien veiller à positionner correctement la selle), mais aussi le roller ou le ski de fond sont recommandés. Le footing, lui, exige des chaussures adaptées ainsi qu'un terrain mou pour éviter des chocs trop violents au niveau de la colonne. «Ensuite, mais ensuite seulement, on peut envisager de courir sur du bitume», ajoute le Dr Duvallet, qui précise qu'aucun sport n'est formellement contre-indiqué, à condition que le patient sache le pratiquer correctement, qu'il ne force pas et qu'il soit suivi régulièrement par son médecin. En définitive, seule la plongée sous-marine est proscrite. Pourquoi? Parce, que si le rachis a été soumis à de profondes modifications et qu'il est mal vascularisé, des accidents de décompression - parfois mortels - peuvent survenir.