L'EXPRESS: Vous avez été malade. De quoi avez-vous souffert? FEDERICO FELLINI: D'une maladie qui me laisse, par certains côtés, un excellent souvenir. J'ai découvert les cliniques (...). Lorsqu'on est obligé de rester immobile, lorsqu'on ne souffre pas (...), on a, d'un coup, la possibilité d'entrer en contact avec son univers intérieur, un univers qu'on a oublié. Il faudrait être malade de temps en temps. Une maladie pas grave, et surtout pas douloureuse. Tous les trois ans, par exemple. Pendant vingt-cinq jours. Avec de jolies infirmières. C'est une forme de la Providence. - C'était, disiez-vous, sérieux. Vous avez craint la mort? - Je suis tombé par terre, et je suis resté là, deux heures, le nez sur la moquette. Aujourd'hui encore, si je respire la poussière, je ressens une anxiété incontrôlable. Pendant ces deux heures où j'avais peur de souffler, de bouger, où je ne pouvais prévenir personne, oui, j'ai pensé mourir. Mon père est mort d'un infarctus. «Le Voyage de Mastorna», que je tournais, était un film sur la mort. J'ai cru vraiment que ma curiosité avait été punie. Que j'avais touché une porte qui se refermait sur moi. J'ai ressenti, je l'affirme, pendant ces deux heures, des perceptions étranges, qui n'étaient comparables ni aux rêves ni à des délires d'imagination. Des illuminations, si on veut. - Vous avez eu peur de la mort. Et de la vieillesse? (...) - Je ne crois pas craindre particulièrement la mort ou la fin de la vie. Le sens du provisoire est très stimulant pour moi. Il est chronique, permanent.