C'est un livre qui, finalement, nous apprend bien plus de choses sur notre époque que sur la physique ou la métaphysique. Avec près de 70 000 exemplaires déjà vendus, Dieu, la science, les preuves est le best-seller surprise de cette fin d'année. Ses auteurs, Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, sont de fervents catholiques. Selon eux, la science serait aujourd'hui devenue "la nouvelle alliée de Dieu". Convoquant le big bang, la mort thermique de l'Univers ou les constantes cosmologiques, leur plaidoyer va jusqu'à défendre l'idée d'un "miracle" à Fatima en 1917.
Couverture du Figaro Magazine, recension par les frères Bogdanoff dans Paris Match... Certains médias ont fait la part belle aux thèses de l'ouvrage. D'autres, au contraire, ont souligné l'appui marketing du groupe Vivendi (contrôlé par Vincent Bolloré, frère de Michel-Yves).
L'Express a voulu prendre le phénomène au sérieux. Outre une enquête sur les coulisses du livre, nous avons donné la parole à des grands astrophysiciens qui mettent en garde contre le mélange des genres entre foi et raison. "Je n'ai jamais vu un collègue devenir croyant à cause de la physique, ni un seul perdre sa croyance à cause de la physique", résume le philosophe des sciences Etienne Klein. Le sujet a même inspiré le président de la République en personne. Emmanuel Macron nous livre en exclusivité son credo pour une France "infiniment rationnelle et résolument spirituelle".
Mais comme le rappelle l'historien Yves Gingras, ce succès s'inscrit dans un contexte plus large, celui du concordisme. Depuis plusieurs décennies, des courants religieux - dans le catholicisme, le protestantisme ou l'islam - ont pour stratégie de défendre l'idée que science et religion seraient complémentaires et auraient tout intérêt à "dialoguer".
On peut légitimement s'inquiéter du risque de relativisme, l'un des grands maux de notre époque. Mais on peut aussi constater l'inversion historique du rapport de force. Alors que la religion a longtemps voulu mettre la science sous tutelle, la voici qui va chercher du crédit du côté du mur de Planck ou de la vitesse de la lumière.
