Des températures qui devraient atteindre ou dépasser les records du mois de juin, et une précocité qui alarme les spécialistes du climat. La France se prépare dès mercredi à une intense vague de chaleur qui va s'étendre sur la totalité du territoire, depuis le sud jusqu'au nord. "Les trois journées de jeudi, vendredi et samedi seront probablement les plus chaudes à l'échelle de l'Hexagone. Les températures nocturnes deviendront de plus en plus étouffantes avec des minimales atteignant ou dépassant souvent le seuil des 20°C" prévient Météo France.

LIRE AUSSI : Réchauffement : les 4 records qui nous "rapprochent de la catastrophe climatique", selon l'ONU

Ce mardi, le mercure commençait à monter et dans certaines régions des records de relevés ont d'ores et déjà été battus. Comme à Cuers, dans le Var, avec 37,6°C ! "C'est la valeur la plus haute de l'année 2022, à l'échelle de la France métropolitaine, sur le réseau principal de stations de Météo-France", prévient l'organisme public sur Twitter. Dans les Bouches-du-Rhône, la station de Marseille Marignane qui a été ouverte il y a un siècle, a battu lundi après-midi son record décadaire, (c'est-à-dire qu'il n'a jamais fait aussi chaud à cette période de l'année sur une période de dix jours consécutifs) avec 36,2°C. L'ancien record remonte à 2003, quand la station avait relevé 35,3°C sur ces 10 jours de juin.

Définition précise

"Cette vague de chaleur reste exceptionnelle parce qu'elle est très précoce, les températures attendues n'ont jamais été atteintes à cette période depuis le début des relevés en 1947", explique Gaétan Heymes, prévisionniste à Météo France. Cet épisode exceptionnel est dû notamment à une configuration météorologique particulière, appelée "plume de chaleur", un panache de chaleur venu du nord de l'Afrique, et qui rencontre une goutte froide au large de l'Espagne et qui facilite la remontée de cet air très chaud. Mais "avec le réchauffement climatique, les masses d'air sont de plus en plus chaudes et les records annuels de températures se multiplient", souligne Gaétan Heymes. En d'autres termes, un tel événement météo n'aurait pas eu autant de probabilité de se produire de manière aussi intense (avec de telles températures) et à cette période de l'année sans le réchauffement climatique.

LIRE AUSSI : Environnement : comment les pouvoirs publics peuvent agir contre les fortes chaleurs

Depuis 1947, Météo France enregistre officiellement les vagues de chaleur. Un terme qui répond à une définition précise : il faut que la température moyenne agrégée (soit la moyenne de relevés de 30 stations partout sur le territoire) soit supérieure à 25,3°C pendant trois jours et qu'elle ne descende pas une seule fois en dessous 22,4°C. La dernière vague de chaleur au sens climatique remonte à juillet 2020. "Ce seuil précis nous permet de différencier les vagues de chaleur des épisodes chauds que l'on peut connaître par ailleurs", souligne Gaétan Heymes.

Des vagues de chaleur plus proches, et plus sévères

Ainsi depuis 1947, Météo France a recensé 43 vagues de chaleur. Mais sous l'effet du réchauffement climatique, elles ont été particulièrement rapprochées ces dernières années. "Il y en a eu trois fois plus ces trois dernières années que dans les quarante années précédentes", explique Météo France. Ainsi depuis 2010, on a pu comptabiliser 19 vagues de chaleurs soit quasiment la moitié de toutes les vagues connues depuis les relevés en vingt ans. "Cela montre la récurrence beaucoup plus importante que par le passé de ces vagues", ajoute-t-on chez Météo France.

Sur cette représentation, la taille des bulles correspond à la sévérité de la vague de chaleur, un calcul qui combine intensité et durée.

LIRE AUSSI : Climat : pourquoi le mois de mai 2022 sera le plus chaud jamais observé en France

L'étude du mois de juin montre par ailleurs que les épisodes de chaleurs sont eux aussi plus nombreux qu'avant et plus précoces. Ainsi la "température moyenne" de la France en juin a dépassé 5 fois les 25,3 degrés entre 1947 et 1976 contre 14 fois entre 2003 et 2019. Enfin, le record absolu pour la France métropolitaine date de juin 2019, avec 46°C à Vérargues (Hérault) mais cela était arrivé à la toute fin du mois (le 28 juin). "La vague de chaleur actuelle aurait été exceptionnelle au cours du XXe siècle, elle ne l'est plus aujourd'hui", explique ainsi Robert Vautard, météorologue et climatologue au sein de l'Institut Pierre-Simon-Laplace et spécialiste des vagues de chaleur. "Nous avons des événements d'amplitude comparable en juin en 2011, 2017, 2019, et très peu avant. Il faut craindre que ce type d'événement se multiplie dans les décennies à venir en France", prévient-il.

Sur ce graphique les jours où la température moyenne de la France a dépassé les 25 degrés sont plus nombreux lors des dernières décennies, mais aussi plus chauds.

Des canicules qui pourraient durer un à deux mois

"Il est quasiment certain que l'augmentation de l'intensité et de la fréquence des extrêmes de chaleur tout comme la diminution de l'intensité et de la fréquence des extrêmes de froid se poursuivront tout au long du XXIe siècle et ce, dans le monde entier", rappelait sur Twitter Christophe Cassou, climatologue au CNRS et auteur principal du dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

La France ne sera pas épargnée. Selon les travaux de Météo France, qui s'appuient sur les différents scénarios d'émissions de gaz à effet de serre, en fin de siècle, le nombre de jours de vagues de chaleur pourrait doubler voire être multiplié par 10 dans le scénario comprenant le plus d'émissions de CO2. "Cette évolution est exacerbée dans les régions actuelles les plus chaudes, notamment l'arc méditerranéen, le couloir rhodanien et la vallée de la Garonne. Sur ces régions, les vagues de chaleur et journées caniculaires pourront s'étaler sur des périodes supérieures à un ou deux mois en été", prévient l'organisme dans un rapport sur l'évolution climatique de la France métropolitaine.