Même les capteurs de Google se sont affolés. Le 19 mai, alors que le mercure grimpait à des niveaux rarement atteints en France - plus de 30°C dans le sud du pays -, la recherche pour le mot "climatiseur" a explosé sur le célèbre moteur de recherche américain. La tendance ne devrait pas se démentir avec l'été qui pointe le bout de son nez, mais aussi à long terme, à la suite du dérèglement climatique dont les pics de chaleurs et la sécheresse sont le corollaire. L'Agence internationale de l'énergie, dans un rapport de 2018, estimait que le parc mondial de climatiseurs dans les bâtiments pourrait atteindre 5,6 milliards d'unités d'ici à 2050, contre 1,6 milliard aujourd'hui. Dans certaines régions du Brésil, du Mexique, de l'Inde ou de l'Indonésie, les usages pourraient être multipliés par 16 d'ici à 2040, selon une étude relayée par L'Express il y a peu de temps.

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Mais qu'en est-il de la France ? Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, un quart des ménages français disposaient d'un système de climatisation en 2020. Une proportion qui tend évidemment à augmenter, ce qui ne sera pas sans conséquence, explique le cabinet Colombus Consulting dans une étude publiée la semaine dernière. La poussée de fièvre des climatiseurs aura d'abord un effet prix pour les ménages, confie à L'Express Cyril Gillot, l'un de ses auteurs. "Pour une population vieillissante, notamment dans le pourtour méditerranéen, l'équipement en climatiseur va devenir une question de santé publique. Lors de certains jours de forte chaleur, la consommation électrique du foyer peut doubler à cause de la climatisation", chiffre-t-il. Tout sauf anodin, dans le contexte déjà inflationniste des prix de l'énergie.

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© / Dario Ingiusto / L'Express

Le coût sera aussi environnemental. Si elle est un outil de confort utile, la "clim'" nourrit un cercle vicieux climatique en rejetant l'air chaud à l'extérieur des maisons ou des bâtiments, contribuant ainsi à l'augmentation de la température en ville. De quoi aggraver la canicule dans certains cas. La consommation électrique de ces équipements pose aussi question. Chaque degré supplémentaire au-dessus de 25°C entraîne l'équivalent, à l'échelle du pays, de la consommation électrique d'une ville comme Nantes en supposant un taux d'équipement des foyers en climatisation de l'ordre de 5 %, d'après les calculs de Colombus. Dans une étude récente, le gestionnaire du transport de l'électricité RTE estime que la consommation maximale des appareils de climatisation à la pointe pourrait être multipliée par deux d'ici à 2050 selon certains scénarios.

Un effet ciseau

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Si le réseau devrait tenir le choc, il pourrait y avoir un effet ciseau entre production et consommation avec des effets néfastes, remarque Cyril Gillot. "La hausse des températures pèse déjà sur la performance des réseaux électriques l'été. Elle peut aussi générer des baisses sur le niveau de la production nucléaire ou hydraulique." A certains moments, la demande pourrait n'être bouclée qu'avec l'appui de centrales thermiques à combustibles fossiles, notamment si la France n'accélère pas le développement de capacités solaires pour compenser. Par ailleurs, certains équipements de climatisation libèrent encore un gaz - l'hydrofluorocarbure, ou HFC -, dont le pouvoir réchauffant est très important.

Face à ce constat, Colombus propose différents leviers, au premier rang desquels l'éducation et la sensibilisation aux écogestes ou l'instauration rapide de normes plus strictes en France pour améliorer la performance des climatiseurs. Mais aussi des mesures d'adaptation dans les villes afin de réduire le phénomène d'îlot de chaleur urbain, ainsi que la sempiternelle lutte contre les passoires thermiques.