Alors que nous sommes lancés dans une course à la vaccination de masse contre la pandémie de Covid-19, peut-être devrions-nous regarder du côté de la nature. En particulier vers les abeilles. Dans une étude récente parue dans la revue Journal of Experimental Biology, des scientifiques américains, finlandais, autrichiens et norvégiens ont révélé que l'homme n'a pas le monopole de la vaccination. Selon ces travaux, ces insectes ont mis au point un véritable programme d'immunisation à grande échelle contre différentes bactéries.
Comment s'y prennent-elles ? Lorsque les butineuses quittent la colonie pour collecter du pollen, elles transportent des bactéries présentes sur les plantes et dans l'environnement. Ensuite, dans l'habitat, les minuscules grains sont transformés en gelée royale par les ouvrières, lesquelles agissent comme des nourrices pour les larves et prennent soin de la reine. A ce moment-là, ces travailleuses acharnées injectent dans la précieuse nourriture un antibactérien : la Défensine-1. Boulimique, la souveraine engloutit la gelée royale, qui représente également une "véritable soupe de bactéries". Elle transmet aux oeufs, via son sang, ces éléments dont certains peuvent être infectieux. Ce processus complexe forme la première dose.
Puis, durant les premiers jours après l'éclosion, les larves mangent directement de la gelée royale qui contient des fragments de ces pathogènes et l'antibactérien. Chaque abeille serait donc "vaccinée" deux fois avant l'âge adulte. Cette "immunité sociale" pourrait expliquer leur survie dans une ruche surpeuplée, d'autant que ces insectes ont moins de gênes immunitaires que la plupart des abeilles solitaires.
"Tant à apprendre de la nature"
Cette découverte est importante à plus d'un titre. Notre survie dépend directement de ces indispensables animaux, qui contribuent à la pollinisation de 90% des principales cultures dans le monde. "On n'a pas encore tous les éléments, mais c'est fabuleux de voir comment fonctionne l'immunité sociale chez les abeilles mellifères, souffle Yves Le Conte, directeur de recherche à l'Inrae.
L'homme aussi se protège : il nettoie sa maison, va à la pharmacie ou chez le docteur. Elles font de même. En cherchant dans la nature des molécules qui soignent, elles sont capables de repérer et de détruire des parasites. Bien avant nous, ces insectes auraient donc développé des mécanismes complexes de réponse immunitaire.
"Nous avons tant de choses encore à apprendre de la nature", conclut Yves Le Conte. Et il y a urgence : avec le déclin de la population des abeilles, les scientifiques cherchent à créer des vaccins pour les protéger. Un juste retour de la nature.
