La COP26, qui se tient actuellement à Glasgow, restera-t-elle dans l'histoire des Conférences climatiques comme celle ayant jeté le charbon aux oubliettes ? Carburant essentiel aux révolutions industrielles du XIXème siècle et énergie la plus génératrice de gaz à effet de serre aujourd'hui, cette roche noire et sa combustion sont les principaux responsables du réchauffement climatique d'un point de vue historique.
Boris Johnson le sait. En amont de la COP26, le Premier ministre britannique avait fait du charbon une des priorités. Contre toute attente, il n'aura pas fallu attendre les dernières heures de négociations pour arracher un accord. Mercredi, en toute fin de soirée, le gouvernement britannique annonçait triomphalement une "fin du charbon en vue". Une coalition de 190 pays s'étant engagée à sortir progressivement de cette énergie et mettre fin à tout soutien de centrale à charbon. Le communiqué plein d'emphase de l'exécutif outre-Manche nécessitait néanmoins une lecture plus attentive.
Qu'en est-il vraiment ? Selon les termes de l'accord dévoilé dans son intégralité jeudi, plus d'une quarantaine de pays se sont effectivement engagés à sortir du charbon avec un objectif daté. Ce sera dans la décennie 2030 pour les pays riches signataires de ce "Global Coal to Clean Power Transition Statement", et dans la décennie 2040 pour les autres pays. Le gouvernement britannique peut certes s'enorgueillir d'avoir recueilli le soutien de plusieurs pays producteurs du top10 mondial avec la Corée du Sud (5ème), l'Indonésie (7ème), le Vietnam (9ème). Mais il faut remettre en perspective cet accord.
Gare au triomphalisme
Comme le souligne l'ONG Ember, spécialiste des marchés de l'énergie et du charbon, la route visant à maintenir le monde sur la trajectoire des 1,5°C de réchauffement avant la fin du siècle est claire sur le fait que 2030 comme 2040 sont des dates limites, pour la sortie du charbon dans les pays riches et en développement. L'accord dévoilé mercredi évoque, lui, des décennies s'ouvrant en 2030 et 2040, sans date plus précise. L'un des pays signataires, la Pologne, qui avait annoncé sa sortie du charbon pour la décennie 2030, a même été obligé de rétropédaler en urgence. L'encre de son paraphe en bas de l'accord n'était pas encore sèche que la ministre du Climat polonaise Anna Moskwa a finalement indiqué jeudi que la Pologne ne sortirait pas du charbon avant 2049.
Surtout, des invités de marque manquent à l'appel du 10 Downing Street pour que cet accord soit réellement considéré comme un tournant dans l'histoire de l'énergie fossile. La Chine, les Etats-Unis, l'Inde, la Russie ne l'ont pas signé. Ce sont pourtant parmi les plus gros consommateurs de la roche noire dans le monde. Comme le montre le graphique ci-dessous, les trois pays représentent à eux seuls plus de 70% du volume mondial de charbon consommé, selon les données du BP Statistical Review of World Energy.

Les gros consommateurs de charbon manquent à l'appel du gouvernement britannique
© / L'Express
Des ambitions rehaussées
Dès lors, quelle crédibilité donner à l'accord dont s'est félicité Boris Johnson ? S'il ne s'agit pas vraiment de la "fin du charbon en vue" vendue par le gouvernement britannique, cet accord rehausse quand même l'ambition de plusieurs Etats. Selon Ember, sur les 70 pays qui disposent de centrales à charbon dans le monde, 35 ont désormais des engagements de sortie du charbon effectifs. L'accord signé à la COP26 ayant ajouté onze pays au total.
Selon les termes du texte dévoilé à Glasgow, une centaine d'institutions financières se sont également engagées à ne plus financer la moindre centrale à charbon dans le monde. L'argent devrait donc manquer pour les projets "charbon", d'autant que les pays du G20 ont annoncé à Rome en fin de semaine dernière que plus un dollar d'argent public n'irait vers des projets de centrales à l'extérieur de leurs frontières. Pour Dave Jones, expert charbon chez Ember, cette sortie ne se décrète pas brutalement, comme un "big bang". "Il s'agit d'une série de cent étapes. Aujourd'hui, de nombreux pays ont franchi beaucoup d'étapes en une seule fois", souligne l'analyste, qui espère que "la Chine, l'Inde et d'autres pays seront encouragés à prendre quelques mesures qu'ils n'auraient pas prises autrement" avec cet accord. "Ces derniers jours à Glasgow ont montré que l'abandon du charbon s'accélère", se réjouissait pour sa part Leo Roberts, du think tank bruxellois E3G.
Cette politique des petits pas, caractéristique des négociations climatiques, a néanmoins fait grincer quelques dents du côté des ONG. Quid des autres énergies fossiles ?, se demande en somme Murray Worthy, de Global Witness. "Un accord véritablement ambitieux sur l'énergie pour mettre le monde sur la voie du 1,5°C consisterait à éliminer progressivement le charbon, le pétrole et le gaz. [L'accord sur le charbon] est un petit pas en avant alors que ce qu'il fallait, c'était un pas de géant." Son cri sera-t-il entendu d'ici la fin de la COP26 ?
