Une nouvelle COP bat son plein. La 26e du nom, et pourtant les refrains entendus en France ne semblent que trop familiers. Pourquoi devrions-nous faire tant d'effort pour réduire nos émissions ? La France voit sa part dans les émissions mondiales diminuer de conférences en sommets pour le climat, au fil de l'essor économique des pays émergents, Chine en tête. Moins d'un petit pour-cent du problème, pourquoi s'en soucier ? Ce n'est pas la moindre des ironies de la crise climatique. Le poids des Européens sur la scène mondiale et leur capacité à infléchir le volume global des émissions - pourtant tous deux nés de leur propre révolution industrielle - s'estompent, alors même que le changement climatique s'accélère. Vraiment, pourquoi s'acharner ?

N'en déplaise aux cyniques, il y a d'abord l'impératif de justice climatique. Il est impensable d'imposer l'essentiel de l'effort aux économies émergentes sans les aider à se développer de manière décarbonée par des transferts financiers et technologiques. L'ampleur de ce décalage est trop souvent sous-estimée. Si l'on considère l'intensité carbone de son économie et son PIB par habitant en dollars constants, l'Inde de 2021 est comparable à la France de 1925. Par ailleurs, en matière de changement climatique, ce sont les émissions cumulées historiquement et non leur flux annuel qui déterminent la magnitude de l'impact. Or l'Europe représente encore 32 % du total des émissions accumulées depuis la révolution industrielle, quand la Chine ne dépasse pas 15 %. Notre décollage industriel précoce nous permet même de surpasser les Etats-Unis en la matière, qui n'en représentent que 25 %. Cette position historique place les pays européens face à des obligations climatiques évidentes.

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Imaginons que nous décidions malgré tout de l'ignorer. Entre alors en scène la question de l'adaptation. La réduction des émissions mondiales a tant tardé que des impacts majeurs ne pourront plus être évités. Nous en sommes déjà les témoins - un réchauffement de 1,5 degré est quasiment assuré. Le rapport publié par le Giec en 2018 nous apprenait que même cette augmentation des températures mondiales serait lourde de conséquences - renforcement des épisodes caniculaires, intensification des tempêtes, augmentation du niveau des mers.

Adaptation et réduction des émissions

Il faudra donc conjuguer adaptation et réduction des émissions dans les années qui viennent. Or ces nouveaux investissements - digues protégeant les côtes, adaptation des cultures agricoles aux nouvelles conditions climatiques, végétalisation des centres urbains pour lutter contre les îlots de chaleur - répondent à une logique bien différente de celle des grandes conférences internationales. Chaque pays peut en effet investir pour son compte propre, et en retirer les bénéfices sur son territoire. En France, nous aurons donc besoin d'investir dans l'adaptation de notre économie, de notre agriculture et de notre tissu urbain aux changements qui s'annoncent.

Opposer ces efforts à ceux, plus connus, de réduction des émissions serait une erreur. Car ces derniers nous permettront une plus grande résilience face au changement climatique. Comme souvent en matière de transition bas carbone, le secteur du bâtiment nous en offre un excellent exemple.

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La réduction de la consommation d'énergie de chauffage et donc des émissions du bâtiment passe par une amélioration de l'isolation thermique des logements - en priorité pour les fameuses "passoires thermiques", mais à terme pour l'ensemble du bâti résidentiel et commercial. Or cette transition vers des logements plus "passifs" sur le plan énergétique les protège également des grandes chaleurs. Une même opération de rénovation peut ainsi réduire nos émissions tout en préparant nos bâtiments aux canicules plus intenses qui s'annoncent.

Un résultat parallèle peut être obtenu au travers des techniques de permaculture. En multipliant les variétés cultivées sur une même parcelle, il est possible d'optimiser la capacité des sols à absorber et séquestrer le dioxyde de carbone atmosphérique, tout en améliorant la résilience de la parcelle aux aléas climatiques. Les investissements que nous réalisons pour réduire les émissions à l'échelle française ne relèvent ni de la morale ni de l'altruisme. Ils nous préparent très concrètement à affronter les défis qu'un climat déstabilisé ne manquera pas de semer sur notre route.