Quelle est la météo climat en Écosse ? Depuis quatre jours maintenant, la COP26 bat son plein du côté de Glasgow. Déjà, les plus grands dirigeants de la planète se sont succédé à l'estrade pour témoigner chacun à leur tour de l'urgence du péril climatique. Boris Johnson, Premier ministre britannique et donc hôte de l'événement, l'a rappelé lundi avec une analogie dont il a le secret : "L'humanité est comme James Bond, elle est engagée dans une course contre la montre". "Les générations futures ne nous pardonneront pas si nous ne faisons pas (de la COP26, NDLR) un succès", a aussi indiqué le locataire du 10 Downing Street.

A l'instar d'un bon élève, soucieux de se montrer volontaire et appliqué au jour de la rentrée, les grands dirigeants de la planète multiplient les promesses climat depuis 72 heures. L'engagement de l'Inde, troisième émetteur de gaz à effet de serre mondial, d'atteindre la neutralité carbone en 2070 est une vraie bonne nouvelle. A fortiori lorsqu'elle s'accompagne d'un objectif intermédiaire : 50% de ses besoins énergétiques devront être couverts par les énergies renouvelables en 2030. L'accord signé par plus de 100 pays sur la réduction des émissions de méthane, ce poison moins présent dans l'atmosphère mais bien plus toxique que le CO2, peut permettre de gagner quelques précieux dixièmes de degrés à l'humanité. Enfin, l'engagement des pays abritant 85% des forêts dans le monde (dont le Brésil, le Canada et le Congo) d'en finir avec la déforestation d'ici 2030 est aussi un signal positif.

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Certes et comme toujours avec les engagements climat, il est facile de regarder le verre à moitié vide. La neutralité carbone de l'Inde arrivera 20 ans trop tard par rapport aux objectifs que se sont fixés la plupart des Etats, la promesse sur le méthane manque de précieux signataires (la Russie, l'Inde et la Chine, qui représentent un tiers des émissions), et l'accord sur la déforestation paraît très lointain. Mais vu le temps et l'effort de diplomatie que représente chaque paraphe en bas d'un accord, ne faisons pas la fine bouche.

Où sont les fossiles ?

On conseillerait toutefois à ceux qui espèrent un feu d'artifice de deux semaines de tempérer leurs ardeurs. Cachés sous le pupitre, trois invités encombrant peinent à s'inviter dans les débats qui agitent ces derniers jours la ville écossaise. Charbon, pétrole et gaz manquent en effet cruellement à l'appel, ou plus précisément, les engagements visant à s'en passer.

Le G20 de Rome, qui a débouché la semaine dernière sur un maigre engagement des pays les plus riches à ne plus financer les centrales à charbon à l'extérieur de leurs frontières, avait fixé un faible niveau d'ambition en amont de la COP26. Pourquoi une telle frilosité ? La crise énergétique mondiale est là, et on sent bien la gêne des Etats à fixer de quelconques lignes rouges pour ces énergies fossiles auxquelles chacun vient de montrer sa profonde dépendance.

Il est pourtant plus que temps de mettre en place les bases du sevrage : "Le monde a besoin de toute urgence d'une augmentation des investissements dans les technologies et les infrastructures d'énergie propre, et la suppression progressive des subventions aux combustibles fossiles est l'une des conditions essentielles pour y parvenir", rappelaient mardi dans un communiqué commun l'AIE et l'OCDE. L'AIE avait déjà eu l'occasion de le marteler, il faut laisser sous le sol tout nouveau projet d'exploration d'énergies fossiles dès aujourd'hui. Au-delà du rehaussement des contributions nationales des différents pays (NDC), ou encore de ce fameux chèque des 100 milliards vers les pays en développement, cette COP26 doit nous éloigner autant que possible de la production des énergies fossiles. Tout le reste n'est finalement qu'accessoire.

Restons positifs, l'argent nécessaire pour mettre le cap vers les énergies bas carbone ne devrait pas être un problème. Après tout, une coalition des 450 institutions financières les plus importantes au monde, représentant 130 000 milliards de dollars d'actifs sous gestion, ne vient-elle pas tout juste de s'engager à atteindre la neutralité carbone en 2050 ? Alors que la journée de mercredi sera consacrée aux enjeux financiers du côté de Glasgow, les dirigeants du monde seraient bien inspirés de s'assurer de la sincérité de cet engagement lointain et un peu flou. Et pourquoi pas en y ajoutant une dose de contrainte. Histoire de s'assurer qu'une très grande majorité de ces fonds aille effectivement financer les énergies bas carbone et non plus l'expansion du secteur des énergies fossiles comme c'est encore largement le cas aujourd'hui.