C'est un paradoxe somme toute assez classique dès lors qu'il s'agit du climat. Son existence ne fait plus aucun doute, de même que le danger qu'il représente pour la planète et nos modes de vies. Pour autant, la traduction de cette prise de conscience environnementale accrue dans des actes concrets se heurte encore aux résistances. Telle est la conclusion d'une nouvelle étude réalisée par l'institut de sondage Kantar Public que L'Express a pu consulter en exclusivité.

L'entreprise britannique, qui a mené ces derniers mois une vaste étude d'opinion dans 10 pays - Etats-Unis, Royaume-Uni, Espagne, France, Pays-Bas, Allemagne, Suède, Pologne, Singapour, Nouvelle-Zélande - révèle que le changement climatique est une préoccupation partagée de façon massive dans les nations développées. Dans les pays couverts par l'étude, près de huit personnes sur dix se sentent concernées par les impacts du réchauffement (76%). Pour autant, moins de la moitié jugent qu'ils n'ont pas vraiment besoin de changer leurs habitudes (46%) et un peu plus d'un tiers seulement se décrivent comme très engagés dans la préservation de la planète.

Selon Kantar, il y a un décalage entre les attentes environnementales des citoyens et la traduction concrète en acte.

Selon Kantar Public, il y a un décalage entre les attentes environnementales des citoyens et la traduction concrète en acte.

© / Kantar Public

Un décalage entre le discours et les actes qui résonne, forcément, en pleine COP26 de Glasgow où les leaders politiques sont critiqués pour ce même décalage. Pour autant les populations interrogées dans l'étude sont plus sévères avec leurs gouvernants et entreprises qu'elles-mêmes. Seuls 22% pensent ainsi que leur gouvernement national est engagé dans la préservation de la planète (11% s'agissant de la France), un pourcentage qui descend même à 14% lorsque l'on parle des grandes entreprises.

Gouvernants et sociétés sur le banc des accusés

Gouvernements et sociétés sont évidemment en première ligne, sur le banc des accusés. Mais la plupart des études convergent à ce sujet : les actes individuels, s'ils ne suffiront pas à sauver le climat, seront une variable essentielle de la lutte contre le changement climatique. Et pourtant. Les résultats de l'étude "soulèvent quelques doutes" quant au "niveau d'engagement" des populations concernées, souligne Kantar Public. Ainsi, lorsqu'on leur demande les actions à privilégier pour sauver le climat, les habitants des 10 pays concernés par l'étude placent le recyclage, l'arrêt de la déforestation ou la protection des espèces animales en tête. Ce sont pourtant des "mesures qui demandent un effort individuel mineur, ou pour lesquels ils n'ont pas ou peu de responsabilité directe", précise Kantar Public.

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En revanche, moins d'un quart accorde la priorité à la réduction des voyages en avion et à l'augmentation du prix des produits qui ne respectent pas les critères environnementaux (23%). De même, seuls 22% accordent beaucoup d'importance à l'interdiction des véhicules à carburant fossile. S'agissant de la réduction de la consommation de viande (18%) - un des volets de décarbonation les plus importants au niveau individuel - et du commerce international (17%), elles arrivent encore plus loin dans les priorités citées par les populations. Et globalement, une majorité des populations sondées estime que c'est la technologie, bien plus que les changements de mode de vie, qui permettront d'atteindre nos objectifs climatiques.

Toutes les actions testées sont vues comme importantes, mais seule une minorité considère très important ce qui supposerait un effort personnel.

Toutes les actions testées sont vues comme importantes, mais seule une minorité considère très important ce qui supposerait un effort personnel.

© / Kantar Public

A quelques jours de la fin de la COP26, et alors que les États planchent sur le rehaussement de leur contribution au respect de l'accord de Paris, cette nouvelle étude montre en tout cas que les citoyens jugent sévèrement l'action de leurs gouvernements. Et sont prêts, pour une très large majorité (76%), à accepter des réglementations environnementales plus strictes. La balle est dans le camp des États.