Combien de milliards la France doit-elle mettre sur la table chaque année afin de prendre correctement en compte le changement climatique ? 15, 30, 50 milliards d'euros ? Ou plus encore ? Pour l'heure, les candidats à l'élection présidentielle se contentent d'égrener une liste de mesures vertes sans véritable cohérence. Il faudra bien pourtant que notre pays établisse un jour un vrai budget climat.

Face à ce problème, il n'existe pas de solution unique. Car établir un budget, c'est faire des choix sur le recours aux subventions, les interdictions, la fiscalité... Cependant quelques ordres de grandeur circulent déjà. Selon la Commission européenne, le Vieux continent doit augmenter ses investissements publics et privés de 520 milliards d'euros sur la décennie en cours afin de respecter ses objectifs en matière de climat. L'effort de la France, qui représente environ 20% du PIB de la zone, serait donc de 100 milliards.

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L'Institut de l'Économie pour le Climat (I4CE) a fait aussi ses calculs. Une bonne nouvelle pour commencer : l'ensemble des dépenses de l'Etat favorables au climat (développement des transports collectifs, les aides à l'acquisition de véhicules bas carbone, les aides à la rénovation des logements...) progressent. Elles sont passées en deux ans de 20 à près de 30 milliards d'euros. Mais cela ne suffit pas. Toujours selon l'I4CE, il manquerait 13 à 17 milliards par an sur la période 2021-2023 afin que notre pays reste dans les clous vis-à-vis de sa stratégie bas carbone (SNBC). Et le double de cette somme serait nécessaire pour la période 2023-2024.

"C'est un minorant du besoin d'investissement, commente Morgane Nicol, directrice du programme Territoires à l'I4CE. La SNBC actuelle se basait sur des objectifs européens revus à la hausse depuis. Sa nouvelle version, prévue pour être adoptée d'ici à la fin de 2024 sera sans doute plus ambitieuse. Par ailleurs, notre analyse ne porte que sur les efforts à réaliser dans trois secteurs : l'énergie, le transport et le bâtiment. Les dépenses ayant trait à l'accompagnement ou à l'animation pour favoriser les changements de comportement n'ont pas non plus été prises en compte. De même que les coûts liés à l'adaptation, autrement dit les mesures visant à réduire notre vulnérabilité contre les effets du changement climatique. Dans ce domaine très peu de chiffres existent pour l'instant".

Néanmoins les études semblent converger sur un point : Investir pour le climat paraît complètement faisable. "L'ordre de grandeur des besoins n'est pas faramineux par rapport au budget de l'État ou à celui des collectivités locales, dont les investissements globaux atteignent près de 200 milliards d'euros sur cinq ans", note un expert, membre de l'association Le Lierre. Toutefois, le budget n'est pas qu'une affaire de chiffres. "Nous avons besoin de coordination, de transparence et d'un plan de programmation pluriannuel des finances publiques dédié au climat. Le terme est un peu technique, mais il s'agit par cette initiative de rendre explicites les choix qui seront faits et d'en débattre publiquement, afin d'identifier qui portera le coût de la transition", indique Morgane Nicol.

"Nous restons dans le flou"

Par exemple, le financement de la rénovation des bâtiments peut s'effectuer de différentes manières. Certains évoquent l'octroi de prêts par un fonds public/privé. Mais pour que cela fonctionne, l'État doit mettre en place les bonnes d'incitations. Par ailleurs, certains ménages n'ont pas la capacité à s'endetter. Dans ce cas, il y a besoin d'argent public. La rénovation impose également de former des artisans. Qui prendra en charge ce coût ? Ces questions se posent aussi pour d'autres filières.

"Aujourd'hui sur le climat, nous sommes très loin d'avoir un budget précis, exhaustif et opérationnel, confirme un spécialiste des finances publiques. Il faudrait pouvoir catégoriser les projets pour savoir s'ils sont en ligne ou pas avec la stratégie bas carbone, même de manière imparfaite. Or pour l'heure, nous restons complètement dans le flou : les collectivités locales, par exemple, ne disposent pas d'indicateurs pour se caler par rapport aux objectifs nationaux. Les citoyens voudraient pourtant savoir comment avance leur ville dans ce domaine. Pis, l'économie prend encore le pas sur le reste. Par exemple, Bercy ne se sent pas lié par la stratégie nationale bas carbone. Certes, il y a du mieux, mais au moment des arbitrages, personne ne dit : stop, on ne peut pas faire ceci ou cela parce que ce n'est pas compatible avec nos objectifs en matière de climat".

"La programmation pluriannuelle que nous demandons serait l'occasion de débattre des dépenses ayant un impact défavorable pour le climat, comme les niches fiscales sur le gasoil non routier, estime Morgane Nicol. On comprend bien pourquoi elles sont nécessaires d'un point de vue économique. Mais aujourd'hui la question est : comment est-ce que l'on planifie leur fin sans mettre à mal les acteurs concernés".