Le ton est ferme et les conclusions à tirer sont claires : il est temps pour Paris de s'activer sur le dossier environnemental. Un enjeu d'autant plus important qu'elle s'apprête à prendre la présidence de l'Union européenne pour les six prochains mois - lors desquels les compartiments du paquet climat "Fit for 55" seront arrêtés. Un mois après la COP 26 de Glasgow, la France doit rehausser ses objectifs climatiques pour 2030, renforcer leurs mises en oeuvre et "reprendre l'initiative à l'international", recommande le Haut Conseil pour le climat dans un avis publié jeudi. L'organisme indépendant voulu par Emmanuel Macron pour évaluer les politiques climatiques de la France s'est penché sur les décisions prises à la COP26 et leurs implications pour la France. Note globale : insuffisant. L'institution appelle le sommet de l'Etat à s'impliquer davantage afin de limiter le réchauffement à 1,5°C.
La France doit faire preuve d'exemplarité
Malgré les avancées enregistrées lors de ces négociations internationales, "la somme des nouvelles ambitions ne permet pas de limiter le réchauffement à 1,5°C comme c'était l'ambition" de l'Accord de Paris, a commenté la présidente du HCC, Corinne le Quéré, lors d'une visio-conférence. "La décennie actuelle doit être la décennie de l'action, avec des réductions massives dès maintenant" des émissions de gaz à effet de serre, a-t-elle poursuivi. Selon la climatologue : "Il y aura un vrai enjeu pour la France de montrer une exemplarité au niveau européen." Elle ajoute que les ambitions européennes devront être revues à la hausse en 2022 avant la COP 27.
Le HCC estime que la France doit faire preuve d'exemplarité et "reprendre l'initiative à l'international sur le climat dans la perspective des futures COP27 en Egypte et COP28 aux Emirats arabes unis, en y associant notamment les acteurs économiques", selon un communiqué. "On est en train de jouer l'avenir de l'Accord de Paris" et "la France a cette responsabilité de continuer à être très active", a commenté Laurence Tubiana, membre du HCC et l'une des architectes de l'accord de Paris en 2015. Par ailleurs, l'avis appelle aussi l'Hexagone à "remobiliser son réseau diplomatique à l'international ainsi que ses bailleurs et ses acteurs économiques autour de l'enjeu climatique."
Paris doit se mettre à jour sur la réduction d'émissions
A l'échelle française, le HCC recommande de "rehausser les objectifs 2030 de la France et clairement spécifier les enjeux pour tous les secteurs émetteurs, y compris l'aviation et les transports maritimes internationaux" aujourd'hui exclus des engagements. L'organisme souligne que les émissions du secteur du transport stagnent alors qu'elles devraient diminuer. Il s'agit de "clairement spécifier les enjeux pour tous les secteurs émetteurs", en particulier le transport routier et l'agriculture qui ne voient pas leurs émissions baisser suffisamment, a souligné Corinne Le Quéré.
Par ailleurs, l'organisme appelle aussi la France à prendre en compte les émissions des transports aérien et maritime hors des frontières de l'Hexagone. "L'objectif de réductions d'émissions de la France actuellement à - 40% en 2030 par rapport au niveau de 1990 n'est plus à la hauteur des enjeux soulignés à la COP26", précise le HCC dans son rapport, d'autant que l'Union européenne s'est fixée comme nouvel objectif une baisse de 55%. Pour limiter le réchauffement à 1,5C, le texte signé par tous les Etats membres de la COP26 estime qu'il faudrait réduire les émissions de 45 % d'ici à 2030 par rapport au niveau de 2010.
Le HCC appelle à un renforcement de la gouvernance
Les plans climat ministériels - dont seulement trois sur dix ont été publiés - "doivent être coordonnés au niveau du Premier ministre et être calibrés sur les enjeux climatiques", a-t-elle insisté. En effet, ces plans doivent être accompagnés des moyens nécessaires pour relever les objectifs climatiques de la France " en particulier pour tenir le rythme de déploiement et de financement des infrastructures nécessaires à l'électrification des usages", martèle l'avis du HCC.
Le HCC préconise de "renforcer la gouvernance et les moyens mis en oeuvre en matière de climat". Corinne Le Quéré a aussi regretté qu'aucun Conseil de défense écologique, présidé par le chef de l'Etat, n'ait été réuni depuis février 2020. Alors que cette instance doit se réunir une fois par an, les crises sanitaire et économique ont pris le dessus dans l'agenda gouvernemental. Si le HCC prend en compte la situation particulière, elle juge ce manquement "très problématique".
