Pas de grande surprise cette année dans l'attribution du prix Nobel d'Economie : Paul Milgrom et Robert Wilson, les deux lauréats 2020, ont des parcours désormais classiques pour cette récompense. Ils sont en effet américains et ont mené leur carrière aux Etats-Unis, singulièrement au sein de l'université californienne de Stanford.
Leurs profils sont néanmoins assez nettement différents de ceux d'Esther Duflo et d'Abhijit Banerjee, leurs prédécesseurs de 2019. Par leur âge d'abord puisqu'ils ont respectivement 72 et 83 ans et que leurs premières publications remontent aux années 1960 ; par leurs références académiques et les méthodes qu'ils utilisent ensuite puisque ce sont des théoriciens attachés à un formalisme poussé et qui ont développé leurs travaux en mobilisant des mathématiques de haut niveau ; par le champ de ces travaux enfin puisque ceux-ci se sont organisés autour de l'application de ce que l'on appelle la théorie des jeux au processus de vente aux enchères. A des spécialistes de ce que l'on appelle "l'économie comportementale" succèdent cette année des micro-économistes, pointus en mathématiques et plus en phase avec les domaines traditionnels de l'économie académique.
Des spécialistes de la théorie des enchères
La théorie des enchères que Paul Milgrom et Robert Wilson ont abondamment enrichie part de problèmes concrets dont on ne réalise pas toujours les tenants et les aboutissants. Si, dès que l'on parle d'enchères, tout le monde a en tête ce qui se passe dans une salle des ventes en présence d'un commissaire-priseur, on oublie souvent que de multiples échanges économiques reposent sur ce type de mécanismes. Cela va de l'adjudication des marchés publics à celle des droits de retransmission des événements sportifs en passant par la privatisation d'entreprises ou d'activités détenues par une entité publique. On peut même considérer que la détermination de tous les prix sur des marchés concurrentiels est le résultat de processus d'enchères.
Un système gagnant gagnant
Paul Milgrom et Robert Wilson ont travaillé notamment sur les adjudications visant à attribuer la gestion de réseaux. L'enjeu est de faire en sorte que le résultat final soit optimal pour le vendeur, pour l'acheteur mais aussi pour l'utilisateur futur. Une bonne enchère est une enchère qui, d'abord, débouche sur un prix le plus élevé possible pour le vendeur, qui, ensuite, ne pénalise pas l'acheteur au point que celui-ci cherche à se rattraper dans des contestations permanentes du marché passé ou dans des réductions de coût dans sa gestion au quotidien dont l'utilisateur finirait par être la victime. Préconisant la vente d'ensembles vastes et cohérents dans leur fonctionnement afin que l'acheteur soit le plus autonome possible dans sa gestion future et affirmant les mérites des salles des ventes avec commissaire-priseur, les deux lauréats ont directement conseillé les autorités fédérales américaines pour les mises en vente de fréquence sur les réseaux téléphoniques ou de droits d'atterrissage dans les aéroports. Un petit clin d'oeil à l'actualité alors que tous les Etats utilisent aujourd'hui de complexes mécanismes d'enchère pour attribuer les fréquences 5G.
