La problématique de politique économique posée par le deuxième confinement est nettement différente de la première. Les contraintes étant moins strictes, la récession sera deux fois moins forte au quatrième trimestre qu'elle ne l'a été au deuxième. Mais ses conséquences sociales seront plus importantes. Les gens qui travaillent sont fatigués et moins motivés qu'au printemps. Les entreprises ont moins de ressources à investir, sont fortement endettées et craignent un troisième confinement (pour conjurer une troisième vague épidémique).

Certains économistes demandent une relance rapide de la demande pour maintenir la consommation et stimuler l'investissement. Une telle politique n'est pas adaptée à la situation de notre pays au moment où j'écris ces lignes. D'une part, les dispositifs comme l'activité partielle et le fonds de solidarité permettent de limiter la baisse du revenu des ménages. Avec le confinement, le taux d'épargne va mécaniquement remonter vers son niveau du deuxième trimestre, soit un peu plus de 25% du revenu disponible (20% pour la seule épargne financière). D'autre part, faire remonter l'investissement des entreprises en ce moment est illusoire, tant l'incertitude est grande. Cette question de l'investissement est traitée par le plan France Relance. Il n'est plus complètement adapté à la période présente mais ce n'est pas grave. Il jouera son rôle positif quand la confiance sera revenue. En réalité, le meilleur soutien à la demande, c'est la politique sanitaire. La confiance passe moins par une baisse générale de la TVA que par un déconfinement réussi en décembre, avec des tests, du traçage, de l'isolement pour les personnes malades et des contrôles stricts aux frontières. Dans quinze jours, les commerces dits "non indispensables" où la distanciation physique est possible doivent rouvrir. Les Allemands nous montrent actuellement le chemin. Voilà pour le soutien à l'activité ces prochains mois.

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Reste à éviter la vague de faillites dans le commerce, le sport, le tourisme, l'aérien et tous les secteurs qui leur sont liés, et qui sont parfois en dehors des radars. A cet égard, la politique des prêts via les PGE (prêts garantis par l'Etat) et les reports de charges, qui a été très efficace au premier semestre, fonctionne à rendements décroissants. Fournir de la trésorerie aux entreprises en les endettant ne fait qu'étaler un peu les faillites dans le temps. Il est maintenant nécessaire de pratiquer une politique d'annulations de charges et de subventions qui aille sans doute au-delà d'une indemnité de quelques milliers d'euros. Les dispositifs de l'Etat devraient être facilement complétés par les collectivités locales. Cela nécessite quelques ajustements législatifs. Jean Rottner, qui préside la région Grand Est, demande que ces aides puissent être imputées sur les budgets d'investissement pendant la durée de l'état d'urgence. Il a parfaitement raison. Il suggère aussi que les régions puissent investir dans les entreprises sous forme d'obligations convertibles.

Ce deuxième confinement va coûter très cher aux finances publiques (encore 10 à 15% du PIB). L'alternative serait de laisser l'économie fonctionner sur un mode darwinien. L'hypothèse pourrait se défendre dans la mesure où laisser les entreprises non rentables disparaître au profit de celles qui sont les plus efficaces peut être une bonne opération pour la croissance à long terme. Mais, outre que cela serait moralement injuste, cela suggère une récession et des dommages sociaux pendant plusieurs années bien plus forts que ceux, déjà considérables, que la crise va infliger à notre pays. Notre contrat social ne nous dispose pas à une telle politique. Celle qui consiste à protéger le plus possible les entreprises est donc, dans notre pays, la plus indiquée, même si son coût financier est colossal. La Banque centrale européenne va annoncer début décembre une extension des outils qui lui permettent de continuer à racheter la dette publique émise par les Etats de la zone euro à l'occasion de la crise du Covid. La question de la solvabilité de nos Etats ne se pose donc pas à court terme. Notre dette publique sera évidemment gigantesque au sortir de cette crise, mais nous aurons du temps pour monter l'ingénierie financière qui permettra de la rembourser lentement.

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