Les Etats-Unis accentuent la pression sur l'Iran, leur grand ennemi au Moyen-Orient. Donald Trump a ainsi décidé de mettre fin, dès le 2 mai, à la dérogation de six mois qui permettait encore à huit pays -Chine, Inde, Italie, Japon... - d'importer du brut iranien. Son objectif ? "Porter à zéro les exportations", et "priver le régime de sa principale source de revenus", a expliqué le président des Etats-Unis. Ce dernier a assuré que l'Arabie Saoudite, et d'autres pays de l'Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole), compenseraient le tarissement de la source iranienne pour éviter une flambée des cours du pétrole.

Pour mémoire, après son retrait de l'accord international de 2015 sur le nucléaire iranien, qu'il trouvait bien trop laxiste, Trump avait en en effet rétabli de lourdes sanctions économiques contre Téhéran et les pays qui oseraient continuer à commercer avec le pays chiite. Un coup dur pour nombre d'entreprises françaises qui ont dû plier bagage, à l'image de PSA, qui était parvenue à reconquérir près d'un tiers du marché, de Total, ou encore de Vallourec. Entre les risques d'amendes se chiffrant en milliards d'euros -BNP Paribas a dû payer 8,8 milliards d'euros pour avoir violé l'embargo sur Cuba, l'Iran et le Soudan- et le risque de se voir interdire l'accès au gigantesque marché américain, bien peu d'entreprises étrangères ont en effet pris le risque de se mettre à dos le cow-boy yankee.

À Cuba, tous les projets sont gelés

Une décision de couper le robinet de brut iranien qui tombe moins d'une semaine après l'annonce de la nouvelle offensive de Washington contre Cuba, autre grand ennemi de l'oncle Sam. Les Etats-Unis ont en effet déclaré qu'ils activeraient, là encore dès le 2 mai prochain, le titre 3 de la loi Helms-Burton de 1996. Ce qui permettra d'attaquer en justice les entreprises implantées sur l'île qui auraient tiré profit de biens ayant appartenu à des ressortissants américains, expropriés par le régime de Castro en 1959. "Pour se donner une bouffée d'oxygène, le gouvernement cubain avait en effet accepté, en 1992, de privatiser un petit pan de son économie, toutes les entreprises étrangères ayant participé à ces opérations pourraient donc être inquiétées, souligne Olivier Dorgans, avocat du cabinet Hubbard & Reed, expert en sanctions économiques.

Cette disposition, les précédents présidents des Etats-Unis ne l'avaient jamais activée pour ménager l'Union européenne, principal investisseur étranger de Cuba. Mais ça, c'était avant l'arrivée à la maison blanche de Donald Trump... Et pour les sociétés étrangères, l'addition pourrait s'avérer salée : en 1996, le département d'Etat américain avait indiqué qu'il existait près de 200 000 plaintes potentielles. "Et au total, les plaignants pourraient réclamer 8 milliards de dollars", souligne Olivier Dorgans. Or, parmi les entreprises présentes sur l'île figurent de nombreux mastodontes français (Accor, Aéroport de Paris, Bouygues, Pernod Ricard ou encore la SNCF). Ces derniers vont donc devoir passer en revue tous leurs actifs et geler les projets en cours pour s'assurer qu'ils ne tombent pas sous le coup de la loi Helms-Burton.

Téhéran, La Havane : si la foudre judiciaire américaine peut frapper à peu près n'importe où dans le monde, c'est grâce à l'extraterritorialité de son droit. Une possibilité offerte notamment par une loi anticorruption (FCPA) votée en 1977. Puis à l'extension du FCPA aux entreprises étrangères dans les années 90 et à l'adoption d'une série de loi (dont Helms-Burton et D'Amato) interdisant tout commerce avec les pays sous embargo. Le problème, c'est que pour nombre de spécialistes l'Oncle Sam a une fâcheuse tendance à se servir de son droit comme d'une puissante arme dans une guerre économique qui ne dit pas son nom. "Les Etats-Unis ne peuvent pas ouvertement dire "nous refusons de perdre notre leadership marchand au bénéfice de la Chine", mais ils peuvent par contre faire pression sur les Européens, via l'Iran et Cuba, pour qu'ils limitent par exemple leurs échanges avec le géant chinois des télécommunications Huawei", analyse Christian Harbulot, le directeur de l'école de guerre économique.

L'Europe peut-elle se révolter ?

Et si l'Europe décidait, enfin, de se rebeller contre le justicier américain ? Compliqué. Les 27 ont bien essayé de contourner l'embargo de Trump sur l'Iran avec une sorte de chambre de troc, permettant des échanges entre le vieux continent et la république islamique, sans risque d'amendes pour les entreprises, mais ces dernières, comme tétanisées, tardent à tester le dispositif. Pour ce qui est du dossier cubain, l'Union européenne semble vouloir enfin montrer ses muscles. Cécilia Malmström, la commissaire au Commerce a ainsi déclaré que "L'Europe sera obligée d'utiliser tous les moyens à sa disposition".

Ce qui pourrait passer par un recours devant l'OMC, mais également par des mesures de rétorsions contre les entreprises américaines. Bruxelles a ainsi noté que la plupart des 50 plus grands groupes qui pourraient se servir de la loi Helms-Burton pour exiger réparations possèdent elles-mêmes des actifs en Europe... "Il est temps que nous sortions de cette menace permanente de sanctions de la part d'administrations américaines, et que nous retrouvions une relation constructive qui est dans l'intérêt économique et l'intérêt politique des Etats-Unis comme de l'Europe", a de son côté déclaré le ministre de l'Economie Bruno le maire. Il est temps en effet...