C'est le bras de fer entre l'Etat et la Région Ile-de-France. Alors que les transports publics retrouvent un rythme plus soutenu, entre 30 et 40% de leur activité habituelle en ce début de semaine, l'étau financier continue de se serrer. A tel point que l'autorité régulatrice des transports dans la région (Ile-de-France Mobilité) est au bord de l'asphyxie.

"Si l'Etat ne vient pas nous aider, dans quinze jours on ne pourra plus payer personne, y compris la RATP et la SNCF", indique l'entourage de la présidente de la Région, Valérie Pécresse.

Le versement transport des entreprises fond

Pourtant, depuis plusieurs semaines, l'élue interpelle les pouvoirs publics pour dénouer les cordons de la bourse de Bercy. Elle a même écrit les 27 avril et 25 mai au Premier ministre pour l'alerter sur la situation. En vain. "Franchement, on ne comprend pas ce qu'il se passe. Pendant le confinement, tout le monde a fait le boulot, on a permis aux gens de continuer à prendre les transports en commun et là, l'Etat nous oublie. C'est incompréhensible", poursuit-on chez IDFM.

Car le moins que l'on puisse dire, c'est que le confinement a plombé les comptes. D'après la Région, le manque à gagner dû au coronavirus s'élève à 2,6 milliards d'euros, dont la majorité (1,6 milliard) est imputée aux recettes non encaissées des titres de transport, la billetterie pesant environ 30% du budget de fonctionnement des transports publics. D'ailleurs, les pertes pourraient continuer à se creuser puisque dans ses prévisions, en se basant sur de lentes perspectives de trafic et de croissance, IDFM table sur 1,5 milliard d'euros en moins en 2021.

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L'autre pilier financier d'IDFM n'est pas non plus en très bonne santé. Il s'agit des entreprises. Ces dernières règlent ce que l'on appelle le "versement transport", une cotisation calculée en fonction de la masse salariale des structures de plus de 11 personnes. Un budget qui pèse lourd dans les comptes d'IDFM: environ 50% de ses recettes. Mais avec le chômage partiel, les entreprises ont sorti ces salariés de leur comptabilité mensuelle, ce qui a fait baisser mécaniquement le versement pendant le confinement. En sortie de crise sanitaire, ce sont désormais les licenciements et les plans de réorganisation qui devraient aussi faire baisser les masses salariales et donc les finances d'IDFM.

Hidalgo soutient Pécresse

Pour compenser, le rapporteur du Budget, le député LREM Laurent Saint-Martin, a annoncé que l'Etat allait débloquer une aide de 425 millions d'euros dans le cadre du troisième projet de loi de finances rectificative dont l'examen commence cette semaine au Parlement. Mais à la Région, cette enveloppe est perçue comme une goutte d'eau et irrite au plus haut point Valérie Pécresse, qui entend porter la discussion au sommet de l'exécutif, avec le soutien unanime de son conseil d'administration.

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"Personne n'a envie que l'on demande 20 euros de plus aux usagers pour payer leur futur Pass Navigo pendant cinq ans. Aux Etats-Unis, ils ont mis 9 milliards de dollars pour aider les transports publics. La situation en France est incompréhensible", souffle-t-on chez les responsables du transport francilien, où l'on rappelle que le remboursement des abonnements, geste symbolique mais apprécié des usagers, a coûté à lui seul "environ 120 millions d'euros".

Ironie du sort, Valérie Pécresse a même reçu le soutien d'Anne Hidalgo ce week-end. La Maire de Paris, engagée dans la dernière ligne droite avant le second tour des municipales dimanche prochain, a bien senti qu'il y avait là une fenêtre de tir pour rappeler l'importance des pouvoirs publics dans la gestion et la politique des déplacements du quotidien. Car pour tous, la rentrée de septembre s'annonce déjà indécise.