Le verdict tombera ce jeudi 6 octobre, à 13 heures. Et déjà toute la planète littéraire bruisse d'une folle rumeur : Michel Houellebecq pourrait bien devenir le 116e Nobel de littérature et la 17e tête couronnée française... Côté à 20 contre 1 en 2020 par les sites de paris britanniques en ligne, figurant au 14e rang de ces mêmes sites en 2021, le voilà en effet cette année en pole position du hit-parade des bookmakers. Après deux prix Nobel "confidentiels", le romancier tanzanien Abdulrazak Gurna en 2021 et la poétesse américaine Louise Glück en 2020, l'académie suédoise renouerait donc avec le "vedettariat".
Le Zidane des lettres françaises, d'ores et déjà vedette planétaire
Considéré comme "le plus important écrivain français depuis Camus" par sa maison d'édition américaine, Random House, l'ermite du XIIIe arrondissement de Paris est d'ores et déjà best-seller dans de nombreux pays. Telle une rock star planétaire, notre expert en déclinologie joue ainsi à guichets fermés dans toute l'Allemagne, cumulant les chiffres stratosphériques (plus de 400 000 exemplaires vendus de Soumission), mais aussi en Angleterre, en Pologne, en Russie, en Chine... En 1998, le Zidane des lettres françaises est entré dans le club très fermé des auteurs français traduits en plus de 30 langues. Vingt ans et quelque plus tard, la magie continue d'opérer, avec plus de 40 contrats pour chacun de ses ouvrages... Le montant des cessions de La Carte et le Territoire, Goncourt 2010, a dépassé le million d'euros.
Même les Etats-Unis (le pays où seuls 3 % des livres publiés sont des traductions) ont payé leur écot, Houellebecq côtoyant dans le catalogue de la maison Knopf les superstars Salman Rushdie et Julian Barnes. Mais alors, que lui apporterait la consécration suprême ? De nouvelles traductions, évidemment, et la bagatelle de 9 millions de couronnes suédoises, soit environ 865 000 euros. Cela grâce à la générosité du Suédois Alfred Nobel (1833-1896), l'inventeur de la dynamite, qui, sans enfant, a demandé que sa fortune de quelque 180 millions d'euros serve à récompenser chaque année, des personnes "ayant apporté le plus grand bénéfice à l'humanité", par leurs inventions, découvertes et améliorations dans différents domaines de la connaissance.
Annie Ernaux, Maryse Condé, Pierre Michon, les Français à la fête
Mais une autre figure éminente des lettres françaises pourrait damner le pion à Michel Houellebecq : Annie Ernaux, placée en 3e position par un site de comparaison des différents sites de paris (Ladbrokes, Betsson, Bwin, et Smarkets). Si l'auteure d'Une femme, des Années, de Mémoire de fille décrochait la timbale, elle serait la 17e femme distinguée par le Prix Nobel de Littérature. Finaliste du Booker Prize et lauréate en Italie du Strega européen en 2016, Annie Ernaux bénéficie d'une aura internationale déjà bien affirmée. A surveiller aussi, dans le registre des femmes puissantes, la Guadeloupéenne Maryse Condé, 8e du fameux classement des parieurs, qui fut récompensée en 2018 par le "nouveau prix de littérature de l'Académie", créé pour cause de défaillance du comité, empêtré dans un scandale d'agression sexuelle ayant entraîné de nombreuses démissions au sein de ses 18 membres.
Un autre Français, oui, oui, apparaît dans les 20 premiers du classement : Pierre Michon. Tout juste lauréat du Prix de la BnF 2022, cet émule de Hugo, Flaubert, Rimbaud ou Faulkner a, comme l'écrit le jury dudit prix, "dédié sa vie à la littérature et révélé, en une quinzaine d'ouvrages, la puissance d'une langue précieuse et rare qui perpétue le souvenir de figures et de lieux oubliés ou disparus." Star des colloques universitaires, auteur culte d'un livre culte, Vies minuscules, le fidèle Creusois (depuis sa naissance, en mars 1945, il ne s'éloigne que très rarement de son Saint-Pardoux-les-Cards natal) a d'ores et déjà été couronné par le Grand Prix du Roman de l'Académie française en 2009 et le prix Franz Kafka en 2019. Citons encore, dans le registre cocorico, la présence de la romancière, essayiste et dramaturge Hélène Cixous.
Mais il arrive souvent que les parieurs fassent chou blanc
Mais il n'y a pas que les Français distingués cette année par les bookmakers britanniques. Auscultons le classement : on y retrouve les éternelles pressenties, soit (en 2e position) la poétesse canadienne Anne Carson, professeur d'histoire à l'université McGill de Montréal, sa concitoyenne Margaret Atwood, la star canadienne, mondialement connue pour son roman La Servante écarlate, deux fois lauréate du Booker Prize, l'écrivaine américano-antiguaise Jamaica Kincaid et la Russe Ludmyla Oulitskaïa, prix Médicis étranger 1996 pour Sonietchka. Mais aussi Garielle ou Gary Lutz, romancière et poète américaine.
Si les académiciens ne se décident pas à couronner une femme (seules 16 romancières, rappelons-le, ont été distinguées, à comparer avec les 99 hommes consacrés), le trophée pourrait revenir au poète syrien Adonis, au Kényan Ngugi wa Thiong'o, au dramaturge norvégien Jon Foss, à la star américaine Stephen King (eux aussi pressentis année après année) ou à... Salman Rushdie, "dopé" par l'attentat au couteau dont il a été victime à New York au mois d'août. Reste qu'il arrive souvent que les lauréats ne soient pas, et de loin, les mieux placés dans les classements des sites de paris, ou même qu'ils n'y apparaissent pas. Seule assurance, à ce jour, la date de remise des prix, soit le 10 décembre, jour anniversaire de la mort du chimiste suédois Alfred Nobel. Prix qui, contrairement à l'année dernière, devraient être remis "physiquement" au Konserthuset Stockholm (la salle de concert de Stockholm).
