On cherche toujours dans un nouvel album de Sardou la chanson poil à gratter, celle où le chanteur de Je suis pour ou du Bac G prend position.
Avec Etre une femme 2010, l'horizon est calme comme une mer d'huile. Michel Sardou, 63 ans, chanteur populaire, s'il en est, se concentre sur la solitude des coeurs de la génération baby-boomer. Aucune colère ne pointe vraiment, sinon un triste bilan de l'âge, des remords, des regrets. « L'amour d'automne, c'est encore mieux », rassure-t-il dans Etre une femme 2010, son tube de trente ans relifté. L'auteur sait écrire des chansons carrées, mais il ménage trop son public (senior, féminin) en lui adressant des thèmes sur mesure. Les refrains sont paresseux, pleins de lieux communs (Et puis après).
Estampillé variété des années 1970, le disque aux mélodies consensuelles, aussi étudiées qu'un CD de Johnny, ploie sous les arrangements désuets, les choeurs emphatiques et les duos anecdotiques (Voler, avec Céline Dion). Pourtant, dans les textes où il prend de la hauteur (L'HumaineDifférence), Sardou montre une sagesse avisée, mise en lumière dans ses Mémoires Et qu'on n'en parle plus (2009). Dommage qu'il n'ait pas creusé ce sillon.