Après Sardou fils (Romain), auteur d'une poignée de thrillers, Sardou père prend à son tour la plume pour livrer ses souvenirs. Michel Sardou a un bon style, il écrit avec humour, sagesse et bonhomie, mais se dévoile du bout des lèvres et dans le désordre au fil de sa première - et dernière - autobiographie: Et qu'on n'en parle plus. Le chanteur de 62 ans a choisi un angle pour raconter ses Mémoires comme il l'aurait fait pour une chanson. Le livre est un dialogue imaginaire avec sa mère, Jackie, décédée en 1998, qui, elle, avait couché sa vie en 1987 dans Hé! la petite grosse. C'est elle qui lui pose les questions les plus embarrassantes, les questions de l' «intérieur», auxquelles il ne répond d'ailleurs pas. Ou peu. «Je n'ai été ni un bon fils ni un bon père», lâche-t-il. Rideau. Et qu'on ne lui en parle plus.

Parler de soi, c'est parler intimement des autres, ce que Sardou ne veut pas. Il rapporte des anecdotes sans grand intérêt sur ses années en pension, une virée avec Johnny, de jolis moments avec Barbara. Quelques pages politiques se tournent sur un miniportrait en creux de Jacques Chirac... Sardou, «ni de gauche ni de droite», ne vote pas, sauf aux municipales. Il s'explique en passant sur ses chansons les plus engagées. Des redites.

Les lignes les plus passionnantes concernent son métier, mais Sardou ne s'étend pas non plus dessus. Pas grand-chose sur le projet de comédie musicale pour lequel Pagnol l'avait sollicité. Les réflexions sur la chanson populaire et la vie d'artiste ne sont pas beaucoup plus développées. «Le vrai succès, finalement, c'est de devenir un jour la nostalgie de demain», résume-t-il.

Malin, Sardou anticipe les critiques: «Tu n'as fait qu'effleurer les événements», tonne la voix de sa mère. Le vrai livre que Sardou a écrit en filigrane, c'est celui de sa famille. Fernand, Jackie, Valentin, son grand-père, rival de Maurice Chevalier, Bagatelle, sa grand-mère, chaisière au square de la Trinité, à Paris. Des personnalités fortes qui méritaient sans doute un livre à elles seules.