Michel Houellebecq est au coeur de la polémique à quelques jours de la sortie-événément de son nouveau roman, Soumission, dans lequel il imagine une France dirigée par le chef d'un parti musulman. Nouvelle provocation? Fable ironique? Premier ou deuxième degré? Prédiction de ce qui menacerait la France? Islamophobie récurrente de celui qui avait déclaré en 2001 "la religion la plus con, c'est quand même l'islam"'?

Pour la première fois, c'est Houellebecq lui-même qui a pris la parole. "Je procède à une accélération de l'Histoire mais, non, je ne peux pas dire que c'est une provocation dans la mesure où je ne dis pas de choses que je pense foncièrement fausses, juste pour énerver. Je condense une évolution à mon avis vraisemblable", assure l'écrivain à propos de son 6e roman, qui sera publié mercredi par Flammarion et tiré à 150 000 exemplaires.

Le prix Goncourt 2010 reconnaît aussi "utiliser le fait de faire peur". "On ne sait pas bien de quoi on a peur, si c'est des identitaires ou des musulmans. Tout reste dans l'ombre", explique-t-il dans une longue interview accordée au journaliste de France Culture Sylvain Bourmeau.

François Bayrou Premier ministre

Soumission débute à la fin du second mandat de François Hollande, en 2022. Dans une France au système politique fissuré, la Fraternité musulmane (parti inventé par l'auteur) bat Marine Le Pen au second tour de la présidentielle grâce à un front républicain. Le nouveau chef de l'État, Mohammed Ben Abbes, nomme François Bayrou Premier ministre. C'est une implosion politique sans révolution, acceptée en apparence par la majorité.

A supposer que "les musulmans réussissent à s'entendre entre eux (...), cela prendrait certainement des dizaines d'années" pour qu'ils accèdent au pouvoir en France, concède l'auteur. "J'ai essayé de me mettre à la place d'un musulman, et je me suis rendu compte qu'ils étaient en réalité dans une situation totalement schizophrénique."

"Que peut bien faire un musulman qui veut voter' Il n'est pas représenté du tout. Il serait faux de dire que c'est une religion qui n'a pas de conséquences politiques (...). Donc, à mon avis un parti musulman est une idée qui s'impose", assène-t-il.

Ayant longtemps vécu en Irlande, Houellebecq se dit frappé "des énormes changements" en France et en Occident. "C'est l'une des raisons qui m'ont conduit à écrire" ce livre. Mais surtout, "j'avais l'impression d'être athée et là je ne sais vraiment plus".

"Le Coran mieux que je ne le pensais"

Au début, explique-t-il, "le titre était La Conversion". Le narrateur, un prof d'université spécialiste de Huysmans qui se convertira à l'Islam pour conserver son poste et pour l'attrait érotique de la polygamie, "se convertissait au catholicisme".

"Le Coran est mieux que je ne le pensais, maintenant que je l'ai lu", ajoute Houellebecq, concluant que "les djhadistes sont de mauvais musulmans".

"Je ne suis pas un intellectuel. Je ne prends pas parti. Je ne défends aucun régime", dit-il encore, estimant que "l'islamophobie n'est pas une sorte de racisme".