Cuba, 1941. Alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage sur tous les fronts, l'écrivain Ernest Hemingway décide de capturer un sous-marin nazi avec l'aide de ses copains de beuverie. John Edgar Hoover, le directeur paranoïaque du FBI, envoie l'agent secret Joe Lucas sur le théâtre des opérations, afin d'en contrôler le déroulement. D'abord réticent, celui-ci découvre très vite que la présence nazie à Cuba est bien réelle et que la situation est nettement plus dramatique qu'il ne pouvait l'imaginer. Mais, face à la guerre sans merci que se livrent tous les services de renseignement du monde dans les Caraïbes, y a-t-il de la place pour les espions amateurs?
Depuis ses premiers livres, Dan Simmons poursuit une démarche d'épuisement des genres littéraires auxquels il s'attaque, en alignant d'énormes best-sellers à vocation encyclopédique. Il a traversé la science-fiction comme une comète avec Hypérion et ses suites, écrit l'un des romans d'horreur majeurs de ces dernières années - L'Echiquier du mal - parlé en connaisseur du blues des astronautes ou du vaudou haïtien. Lorsqu'il s'essaie au thriller historique, c'est en se donnant les moyens de ses ambitions: personnages hauts en couleur - outre «Papa» Hemingway, on croise Gary Cooper, Ian Fleming ou Ingrid Bergman - scénario suffisamment sinueux et complexe pour relancer l'intérêt à chaque chapitre, sans oublier la dose de noirceur tragique sans laquelle aucun roman américain d'envergure ne saurait être complet.
Rien ne manque, pas même l'inévitable postface expliquant que tout est vrai, ou presque. Un léger regret, toutefois: cette méticulosité dans l'exactitude finit presque par nuire au résultat final. Bien que son Hemingway soit campé avec une justesse saisissante, un rien plus grand que nature malgré tout, on aurait préféré que Dan Simmons trahisse l'image du père et dégonfle la baudruche de quelques coups d'épingle bien ajustés. Le roman y aurait sans doute gagné en folie, à l'image de ce que James Ellroy s'est permis dans American Tabloid. La vérité est parfois l'ennemie du romanesque.