Quelle idée formidable de raconter la vie du grand écrivain américain à travers ses histoires d'amour. Tour à tour flamboyantes et effacées, audacieuses et timorées, heureuses et malheureuses, elles ont été les quatre "madame Hemingway". Autant le dire tout de suite, Mrs Hemingway, de Naomi Wood, est palpitant.

Magnifiquement construit et écrit, ce roman est celui de la passion qui surgit dans les moments les plus inattendus, celui de la lassitude progressive qui s'immisce, et au final une désintégration qui cristallise la dignité des femmes et la lâcheté des hommes. Car, oui, l'auteur de Pour qui sonne le glas est faible au moment de prendre des décisions. A rebours de l'image qu'on a de lui : grand baroudeur et reporter de guerre, pêcheur en haute mer et amateur de corridas, avec un foie pouvant imbiber quantité d'alcools forts, le voilà fébrile et fuyant quand vient le doute du coeur.

"Il faut que tu apprennes à ne pas te marier, Ernest"

On s'en rend compte dès son premier mariage avec Hadley. L'histoire tourne au vaudeville quand cette dernière invite son amie Fife à passer l'été avec eux. Des vacances qui deviennent très vite sordides puisque l'amour se consomme à trois.

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Quelques années plus tard, Fife sera confrontée à la même configuration sentimentale, mais en ayant l'autre rôle, cette fois-ci. Un roman sur le célibat d'Hemingway n'aurait pas pu faire deux pages. On pourrait y voir un paradoxe. Au contraire, sa définition de l'engagement est merveilleuse. Quand sa troisième compagne lui dit : "Il faut que tu apprennes à ne pas te marier, Ernest." Il lui répond : "Je veux épouser la femme que j'aime pour montrer au monde que c'est nous contre lui." Comment ne pas vouloir être une Mrs Hemingway avec une telle phrase?

Mrs Hemingway, de Naomi Wood, collection Quai Voltaire, La table ronde, 288 pages, 14,99 euros