Une année placée sous le signe du King: en mars, nous eûmes 22/11/63, uchronie autour de l'assassinat de Kennedy, où le maître du suspense revenait sur les fondements culturels de son pays et de son oeuvre. Et, en octobre, Stephen King donnait une suite à Shining (1977). Ni lui ni nous n'avions oublié Danny Torrance. L'enfant est devenu adulte. Installé dans une ville du New Hampshire, il soulage, grâce à ses visions, les souffrances des patients d'une maison de retraite. Mais il a également reproduit le modèle paternel: lui aussi est alcoolique.
Ce roman est un livre à deux faces. D'un côté, le récit poignant d'un homme hanté par son addiction, avec une émotion portée à ébullition. La rencontre de la jeune Abra Stone, dotée elle aussi d'un "shining", réveille bientôt chez Danny l'envie de vivre. Et de se battre. Pour la jeune fille, précisément, poursuivie par des touristes en apparence inoffensifs, et qui se révèlent être une horde macabre de morts-vivants se nourrissant du "Don des enfants". Certes, Docteur Sleep est manichéen. Mais quelle maestria narrative, grâce à laquelle King nous déroute, nous retourne toujours, et fait claquer ses effets spéciaux, sa provocation, sans oublier un réalisme poisseux et un hypnotisme ahurissant! Le passé revient toujours, et en voici une preuve à plusieurs lames.
