Le romancier a un problème avec les voitures, et ce depuis bien avant la crise de l'industrie automobile. Il n'y a qu'à se souvenir de Christine, la Plymouth Fury rouge 1958 jalouse et meurtrière. Mais on pourrait également citer la vieille Buick 8 factice de Roadmaster, en fait une porte d'entrée vers un autre monde, ou Mr Mercedes et son assassin roulant en berline allemande.
NOTRE DOSSIER >> Rentrée littéraire
Si le maître de l'horreur a toujours adoré détourner des éléments du quotidien (le gentil saint-bernard devenu enragé de Cujo, le téléphone portable qui "zombifie" dans Cellulaire...), il ne faut pas sous-estimer les motifs autobiographiques qu'il révèle dans son nouveau - et très bon - recueil de nouvelles, Le Bazar des mauvais rêves, dont chaque histoire est précédée de son motif d'inspiration.
Le coup de la panne
Stephen King évoque ainsi cette fourgonnette qui l'a fauché en 1999, accident qui lui valut plus de deux ans de rééducation. Il raconte d'autres anecdotes routières: une femme ivre prenant l'autoroute à contresens, deux types qui manquent en venir aux mains après une collision, ses trajets en 4×4 noir lors de sa venue à Paris...
Mais l'auteur revient aussi, en introduction de Mile 81, sur un souvenir essentiel: alors qu'il avait 19 ans et qu'il roulait au volant de son break Ford 1961 en plein milieu de l'I-95, route déserte le menant dans le Maine, King avait craint tout le trajet de tomber en rade. Cette peur, le jeune homme l'a alors exploitée sur le papier.
Traumatisme originel et acte fondateur. Qui a dit que le coup de la panne n'était pas un coup de génie?
