On n'aura jamais fini de parler d'Anne Frank, cette jeune Allemande, réfugiée à Amsterdam, qui commença son journal le 12 juin 1942, jour de son 13e anniversaire, fut arrêtée le 4 août 1944 et mourut du typhus fin février-début mars 1945 dans le camp de Bergen-Belsen. En ce début d'année 2022, le cas d'Anne Frank et de sa famille déclencha même une tempête mondiale. Avec Qui a trahi Anne Frank ?, publié le 19 janvier, l'historienne canadienne Rosemary Sullivan entendait lever le voile sur le mystère de la dénonciation des Frank, cachés durant plus de deux ans dans une annexe de l'entreprise familiale Opekta, au 263, Prinsengracht. Aidée par un ancien agent du FBI, elle affirmait, "avec un degré de probabilité de 85%", que le dénonciateur était le notaire juif Van den Bergh. Lever de bouclier des chercheurs, et suspension de l'impression de la version néerlandaise de l'ouvrage fin janvier - la version française, publiée par HarperCollins restant, elle, disponible.
"Un ensemble cohérent pour comprendre l'épouvantable destinée des Frank"
C'est un grand calme, en revanche, qui préside à la sortie simultanée opérée par Calmann-Lévy, ce 1er juin, de trois rééditions : le fameux Journal d'Anne Frank, Elle s'appelait Anne Frank, l'histoire de la femme qui aida Anne Frank à se cacher, par Miep Gies, et celle de sa famille, "Nous imaginions la vie autrement", par l'écrivaine et traductrice allemande Mirjam Pressler. Pourquoi un tel tir groupé ? "Nous fêtons le 75e anniversaire de la première publication aux Pays-Bas du Journal d'Anne Frank (sous le titre Het Acterbuis, L'Annexe secrète), explique Philippe Robinet, le directeur général de Calmann-Lévy, "l'éditeur historique" de l'adolescente - l'un des premiers au monde à publier Le Journal, en 1950, sous la direction éditoriale de l'intellectuel et écrivain Manès Sperber. Ces trois livres forment un ensemble cohérent pour comprendre l'épouvantable destinée des Frank, il résonne particulièrement à l'heure où la tentation du repli identitaire est forte et où les enfances martyrisées se multiplient à travers la planète."
Traduit en 78 langues, publié dans 192 pays, adapté en BD, manga, film, pièce de théâtre, podcasts, vendu en France à plus de 4 millions d'exemplaires par Le Livre de poche, Le Journal d'Anne Frank connaît depuis sa publication un succès exceptionnel. Reste que cette nouvelle édition avec son élégante couverture bleue en tissu et ses appendices (carte, glossaire des huit occupants de l'Annexe, chronologie, histoire de la publication) devrait susciter de nouveaux émules. Il y est fait mention justement de Miep Gies, l'une des employées de l'entreprise Opekta, "protectrice" des Frank (reconnue Juste parmi les nations en 1977), qui récupéra le cahier de la cadette le jour de l'arrestation de la famille et le remit à son père, Otto, déporté à Auschwitz et seul rescapé des occupants de l'Annexe. Son précieux témoignage, paru en 1987 et dont la traduction a été revue ici, ajoute une pierre à l'édifice mémoriel, tout comme l'enquête de Mirjam Pressler sur les aïeux d'Anne, tous issus de la grande bourgeoisie allemande.
