Le principal distributeur de presse en France, le groupe Presstalis, a déposé le bilan, sur fond de désaccord persistant quant aux solutions de sauvetage entre ses grands actionnaires, les magazines et les quotidiens, une procédure qui n'a pas toutefois pas de conséquence immédiate sur ses activités.
L'entreprise s'est déclarée lundi en cessation de paiements auprès du tribunal de commerce de Paris, a indiqué mardi sa direction, confirmant une information de la Correspondance de la presse. Retardée par la crise sanitaire, cette procédure était "inévitable" mais sera "sans conséquence immédiate" sur les activités du groupe, comme l'a assuré son PDG Cédric Dugardin, dans un message à ses 900 salariés consulté par l'AFP. Quotidiens comme magazines devraient donc continuer à être livrés chez les marchands de journaux.
Deux plans irréconciliables
"Presstalis est en proie à de graves difficultés et se trouve désormais dans l'impossibilité de faire face à ses engagements financiers", a souligné dans son message Cédric Dugardin, un spécialiste des entreprises en difficulté, nommé en février à la tête de Presstalis.
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L'entreprise, qui avait bénéficié d'un énième plan de sauvetage il y a deux ans, doit de nouveau se restructurer, enfoncée par la crise de la presse écrite. "La crise sanitaire sans précédent que traverse notre pays et la réduction des volumes fournis par un certain nombre d'éditeurs ont accéléré très significativement la dégradation de la situation financière du Groupe", ajoute Cédric Dugardin.
Le dépôt de bilan doit permettre "d'accélérer les discussions en plaçant toutes les parties prenantes face à un sentiment d'urgence", souligne le dirigeant. Car la solution est dans les mains des éditeurs, qui sont actionnaires du groupe via deux coopératives, l'une qui regroupe les quotidiens et l'autre qui représente les magazines.
Des distributeurs de journaux mis en difficulté
Or, depuis des semaines, deux plans se font face, apparemment irréconciliables : Presstalis défend le maintien d'une structure unique (qui continuerait à distribuer aussi bien les journaux quotidiens que la presse magazine), une option soutenue par les quotidiens, tandis que la coopérative des magazines et les MLP (Messageries lyonnaises de presse, concurrent de Presstalis), proposent une séparation des magazines et quotidiens.
Le ministre de la Culture Franck Riester avait précisé jeudi 16 avril qu'il travaillait avec Bercy à un plan global pour la presse, qui prendrait en compte la question de Presstalis. Il avait également assuré faire "tout pour qu'il n'y ait pas de rupture dans la distribution de la presse", s'engageant à verser aux marchands de journaux les sommes que leur doit Presstalis.
Les marchands, mis en difficulté ces dernières semaines par les mesures de confinement, devraient recevoir ce versement entre la fin du mois d'avril et début mai, a indiqué Presstalis, pour un total de 16,2 millions d'euros. Pour Daniel Panetto, président de Culture Presse, l'organisation des marchands de journaux, ce dépôt de bilan évite "un arrêt brutal qui serait très préjudiciable pour ne pas dire mortifère pour les marchands de presse".
Liquidation judiciaire pour
De son côté, Paris Normandie, "plaqué au sol par la crise sanitaire" du coronavirus, selon sa direction, a été placé mardi en liquidation judiciaire avec prolongation d'activité dans l'espoir que des repreneurs se manifestent. Le tribunal de commerce de Rouen a autorisé pour trois mois la poursuite de l'activité, a indiqué à l'AFP Jean-Louis Louvel, propriétaire à plus de 90% du journal qui emploie 216 salariés selon leur avocate.
Le jugement ne mentionne ni date d'une nouvelle audience, ni date limite de dépôt des offres, a ajouté ce chef d'entreprises normandes, candidat à la mairie de Rouen soutenu par LREM et arrivé troisième au 1er tour des élections le 15 mars.
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Paris Normandie "se trouve soudainement plaqué au sol par les conséquences de la crise sanitaire", alors que le quotidien était "un genou à terre", "en train de se redresser", avait expliqué la semaine dernière la direction dans un communiqué. "En l'espace de quelques semaines tout s'est écroulé parce qu'on n'avait aucun matelas", estime de son côté Anne Bouchet déléguée syndicale SNJ du journal.
En quête de repreneurs
La dette a beau être passée de 10 à 7 millions en trois ans, le journal fondé en 1944 affiche une chute de 90% des recettes publicitaires, "du jamais vu", selon Anne Bouchet. Les "audiences sur Internet" ont beau avoir "explosé", "les millions de pages vues ne sont pas des millions d'euros. Pas même des milliers", se désolait le journal le 10 avril dans une tribune signée "Paris Normandie" appelant les lecteurs à s'abonner.
Implanté uniquement en ex-Haute Normandie, dont il est l'unique quotidien local, Paris Normandie compte 22 500 abonnés papier et 1500 abonnés web, selon la direction. En 2019, le journal diffusait à environ 41 280 exemplaires, soit 6,9% de moins qu'en 2018, selon l'Acpm, organisme de certification de l'audience de la presse. Une baisse supérieure à la moyenne de la presse régionale.
Selon "les estimations les plus raisonnables (...) le déficit global à la fin de l'été atteindrait plus de 3 millions d'euros dans le cadre d'un déconfinement et d'une reprise totale d'activité", selon la direction. "Je ne doute pas que plusieurs offres seront transmises", a indiqué avoir dit au tribunal Jean-Louis Louvel, assurant aux juges avoir déjà eu des contacts avec des repreneurs.
