Patron voyou et voyou patron

"Le dessin de l'enfant d'un employé de l'entreprise imaginaire de Philippe Miller (François Cluzet). Imaginaire parce que le film est l'histoire vraie d'un imposteur qui va réussir à tromper toute une région en construisant une parcelle d'autoroute au milieu d'un champ. Je lis ce fait divers incroyable il y a une dizaine d'années et il me poursuivra sans relâche. A l'époque, je rencontre le juge d'instruction et l'imposteur, en prison, puis, à l'heure des patrons voyous, il devient un jour temps pour moi de raconter l'histoire d'un voyou qui devient patron. Mais comme dans un thriller où les sentiments risqueraient leur peau, car je me rends compte que, dans cette affaire, le seul bénéfice aura été humain. Alors je pense au conseil de Clint Eastwood : "Réalisez chaque scène comme si c'était la plus importante du film, le reste viendra tout seul.""

Des sentiments en chantier

"Importante relance du scénario : Philippe Miller, le "héros", se bat contre son propre mensonge et ses conséquences. Les scènes de chantier me faisaient peur. Les gigantesques machines dans la boue et les cirés jaunes : aucune mythologie cinématographique n'est attachée à cet univers-là. Je cherche donc comment donner une dimension à la fois spectaculaire et juste à ces images. Je suis obsédé par le rythme du récit et la tension des plans. Et c'est l'émotion de l'acteur qui m'a fait sentir que ce n'était plus un chantier que je filmais mais des sentiments. Plus que jamais, je crois à la fiction et au romanesque, car c'est un moyen de donner une force poétique aux choses de la vie."

S'éveiller au monde et à soi-même

"Les deux personnages principaux au moment où leur trouble va mettre en péril le secret de l'histoire. Je voulais filmer une femme qui révèle un homme, à tout point de vue, tant charnellement que socialement. Je voulais raconter le destin d'un homme qu'une rencontre avec une femme, mais aussi toute une communauté, va éveiller au souci du monde et de lui-même. En écrivant leur aventure, j'exprime ma colère vis-à-vis d'une société qui veut nous réduire à notre seule capacité d'adaptation à la situation économique. Alors, je filme des gens dignes, pour qui les sentiments sont importants et qui ne transigent ni avec l'amour, ni avec un monde respectueux des valeurs humaines. Mais je choisis ce titre, A l'origine, pour ne pas oublier qu'il s'agit d'un spectacle."