Rapt. Un titre sec, abrupt, qui ne trompe pas sur le contenu. Stanislas Graff, PDG plein aux as, se fait enlever par un commando de truands cagoulés. Pas des guignols, les mecs, plutôt du genre à lui sectionner le majeur en guise de bienvenue - une scène, par ailleurs, traumatisante. Humilié, cloîtré dans le noir, le businessman endure l'enfer. Dehors, les flics s'agitent, malgré les consignes de la famille de ne pas intervenir.

Ainsi narré, ce premier tiers ne semble que suivre la piste de la série B balisée. Pourtant, transfiguré par une réalisation aussi nerveuse qu'épurée, il parvient à kidnapper notre âme et à la séquestrer dans la chambre du stress. Mieux, il prépare le terrain de l'implacable polar politico-social vers lequel bifurque le film, sorte de pendant de La raison du plus faible, du même Lucas Belvaux. Quand les torchons à scandale déballent la réelle nature de Stanislas, serial-niqueur, flambeur, les Graff, mère et filles, tombent des nues. De même que ses associés. Aux yeux du cinéaste, Stanislas (Yvan Attal, époustouflant) représente de toute évidence les dérives du capitalisme. Mais parce qu'il se refuse à le condamner, sous-entendant que s'en désolidariser relèverait du crime, d'une injure quant au respect de la dignité humaine, son thriller en prise directe avec l'actu ne sombre pas dans le militantisme bêta. Une claque.