Allez, on l'avoue, on y a un tout petit peu cru. On a pensé qu'un vent de folie allait soudain bousculer le train-train du palmarès et que Gravity allait battre 12 years a slave pour l'Oscar du meilleur film et ainsi faire mentir la réputation conservatrice des votants des Oscars qui ont pour habitude de bouder les sommets du cinéma de science-fiction et les blockbusters spectaculaires pour la statuette suprême.

Il n'en a rien été. Comme prévu et annoncé depuis sa présentation triomphale au festival de Toronto en septembre, le long métrage de Steve Mc Queen a été sacré meilleur film de l'année. Le premier Oscar de Brad Pitt producteur qui succède à son ami George Clooney, producteur l'an passé d'Argo. Le premier Oscar pour un cinéaste noir là où John Singleton (Boyz n the hood) et Lee Daniels (Precious) avaient échoué ces vingt dernières années.

Et le troisième Oscar de la soirée pour ce film sur l'esclavage tiré d'une tragique histoire vraie et plébiscité par le public des deux côtés de l'Atlantique après celui de la meilleure adaptation et -seule véritable moment inattendu du palmarès- celui du second rôle féminin pour la débutante Lupita Nyong'o qui a battu la favorite Jennifer Lawrence.

Cette défaite de Jennifer Lawrence symbolise celle, cuisante, de son film American Bluff. Considéré après les Golden Globes comme le potentiel trouble-fête dans le duel entre 12 years a slave et Gravity, le long métrage de de David O'Russell repart avec un zéro pointé, que peu avaient pronostiqué.

Gravity

Gravity, lui, est loin de repartir bredouille. En terme de nombre de statuettes, le film d'Alfonso Cuaron s'impose même comme l'autre vainqueur de la soirée. 7 Oscars sont en effet venus le récompenser: effets spéciaux visuels, son, montage son, musique, photo et réalisation. Le premier de la carrière de Cuaron qui jusque là n'avait été nommé que dans les catégories montage et scénario pour Y tu mama tambien et Les fils de l'homme.

Côté interprétation, là encore aucune surprise. Matthew Mc Conaughey a triomphé de Leonardo Di Caprio, décidément maudit aux Oscars, et offert la troisième statuette de la soirée à Dallas Buyers Club après celle du maquillage-coiffure et du second rôle masculin pour son partenaire Jared Leto.

Et Cate Blanchett n'a pas pâti du scandale Woody Allen pour remporter l'Oscar de la meilleure actrice avec Blue Jasmine, quinze ans après en avoir été spolié par Gwyneth Paltrow dans Shakespeare in love. Il s'agit de la seconde statuette de sa carrière après son prix en second rôle pour The aviator en 2005.

Mr Hublot sauve l'honneur frenchy

Parmi les autres lauréats, on notera le succès là encore attendu de La reine des neiges en film d'animation (doublé d'un Oscar de la meilleure chanson pour Let it go, face à Pharrell Williams, U2 et Karen O!!!). Et on se réjouira des Oscars ô combien mérités d'Her de Spike Jonze en meilleur scénario orginal et de 20 feet from stardom en meilleur documentaire.

Enfin, côté français, on a frôlé le zéro pointé. Julie Delpy (Before midnight), Bruno Delbonnel (Inside Llewyn Davis), Alexandre Desplat (Philomena) et le court métrage Avant que de tout perdre étant repartis bredouille.

Mais c'est un autre court, dans la catégorie animation, qui a sauvé l'honneur: Mr Hublot de Laurent Witz et Alexandre Espigares. L'histoire d'un personnage retiré du monde souffrant de TOC qui voit son quotidien bouleversé par l'arrivée chez lui d'un chien de compagnie robot.

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